Pénurie de main-d’œuvre et pénurie de logements : l’industrie des maisons préfabriquées à la rescousse au Saguenay


Pénurie de main-d’oeuvre et pénurie de logements plombent toutes deux la croissance économique du Québec. Une industrie peut se targuer de résorber l’une tout en comblant l’autre : le monde des maisons préfabriquées.

Nicko Delosreyes est arrivé des Philippines en février 2023 pour pourvoir un poste d’ébéniste dans l’usine Produits Boréal, à Alma, au Lac-Saint-Jean. Une dizaine de travailleurs temporaires comme lui coupent des billots de pins et d’épinettes, les teignent, les préparent, puis les empilent en attendant leur expédition pour l’assemblage final.

Impossible pour lui de travailler sur un chantier de construction québécois, car il n’a pas la certification de la Commission de la construction du Québec (CCQ). Sauf que dans une usine de maisons préfabriquées, nul besoin de certification d’ébéniste pour faire ce travail.

« C’est très différent, il y a de nouvelles connaissances, de nouvelles technologies. Mais on est très flexibles », affirme cet ébéniste d’expérience. « On peut faire le travail. On s’adapte. »

À plein régime

Grâce à ces nouveaux arrivants, l’entreprise almatoise tourne à plein régime. Les taux d’intérêt élevés ont freiné ou retardé quelque peu les commandes, mais la demande reste forte. Environ 150 000 logements restent à construire au Québec pour résorber la pénurie, selon une estimation de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec.

Produits Boréal peut produire à elle seule huit maisons « en bois rond » chaque semaine. Des 6-plex ou 8-plex en matériaux préfabriqués sont aussi disponibles. « C’est comme des blocs Lego », illustre la directrice générale adjointe, Audrey Coulombe. Près de 60 % des clients s’occupent de monter eux-mêmes leur maison, et le montage sur place peut prendre seulement deux semaines.

Le monde du préfabriqué semble tout indiqué pour absorber des travailleurs immigrants tout en comblant le manque de logements. D’une part, les entreprises construisent elles-mêmes les logements de leurs travailleurs. D’autre part, elles doivent de toute façon former leurs nouveaux travailleurs à la machinerie, qu’ils soient étrangers ou locaux.

Produits Boréal n’est pas la seule entreprise du domaine du préfabriqué à pourvoir ses postes à l’étranger. Jusqu’à 800 des 2500 employés de cette branche du milieu de la construction proviennent d’ailleurs, selon les données de Manufacturiers de structures de bois du Québec (MSBQ), qui représente 85 % de l’industrie.

Autrement dit, au moins 20 % de la force ouvrière de la construction préfabriquée repose déjà dans les bras de la main-d’oeuvre étrangère.

Ne pas couper les coins ronds

Cette main-d’oeuvre étrangère n’a pas l’approbation officielle de la CCQ, mais elle est tout aussi rigoureuse, foi de Gérald Beaulieu, directeur général de MSBQ.

« Indépendamment de qui est le travailleur, le contrôle de la qualité devra être respecté. MSBQ fournit le support pour ça », explique-t-il en entrevue au Devoir.

Depuis décembre 2022, son équipe offre une certification pour que tous les toits et tous les planchers qui sortent des usines de maisons préfabriquées correspondent aux normes de l’Association canadienne de normalisation. Les 40 usines du regroupement s’y conformeront d’ici la fin de l’année. Une certification équivalente arrivera sous peu pour les murs « préfab ».

Gérald Beaulieu estime que l’industrie est capable de livrer 50 000 portes par année. Construire des maisons durant la saison froide confère un avantage indéniable pour les promoteurs. « Malgré la pénurie de logements, on n’arrive pas à travailler l’hiver. C’est absurde. »

Lorsqu’on mise sur le préfabriqué, les chantiers peuvent avancer même dans le froid, selon lui. « Si on pouvait répartir [la construction] sur 12 mois, on pourrait livrer 25 % plus de logements. Mes membres me l’ont tous confirmé. Il s’agit de finir les fondations avant la fin décembre. »

Produits Boréal est la preuve que c’est le financement plutôt que le froid qui ralentit la levée de terre de nouveaux bâtiments, de dire Audrey Coulombe.

Cinq duplex viennent tout juste d’être expédiés dans le Grand Nord ontarien. Et la livraison s’effectue à la vitesse grand V. « On a reçu la commande le 28 février ; et 18 mars, tout était parti. »

Ce texte est tiré du Courrier de l’économie.

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