Pourquoi rouler avec un VUS ou une minifourgonnette dans les rues de Montréal ?

Comme ailleurs au pays, les camions légers gagnent du terrain à Montréal. Mais pourquoi rouler en VUS (véhicules utilitaires sport) ou en minifourgonnette dans la métropole alors que les espaces de stationnement sont restreints et que le mode de vie urbain ne requiert généralement pas de charroyer des cordes de bois ou d’affronter des milieux hostiles ? Le Devoir s’est entretenu avec plusieurs citadins propriétaires de gros véhicules.

En 2022, l’île de Montréal comptait un peu plus d’un million de véhicules immatriculés, toutes catégories confondues, indiquent les données de la Société de l’assurance automobile (SAAQ). Il s’agit de près de 38 000 véhicules de plus qu’en 2017, mais tout de même d’une baisse de 1258 véhicules par rapport à l’année 2021.

C’est au chapitre des camions légers que la hausse est la plus marquée. Entre 2017 et 2022, dans la catégorie des véhicules de promenade, leur nombre est passé de 266 615 à 336 158 dans la métropole, pendant que le nombre d’automobiles n’a cessé de baisser.

Sur l’île de Montréal, les camions légers n’ont pas encore déclassé les automobiles. Dans plusieurs régions, toutefois, leur nombre dépasse maintenant celui des voitures. C’est le cas sur la Côte-Nord, dans le Nord-du-Québec, en Gaspésie, dans le Bas-Saint-Laurent, au Saguenay–Lac-Saint-Jean et en Abitibi-Témiscamingue.

Petite famille

En 2015, Delphine Provençal et son conjoint ont fait l’acquisition d’une minifourgonnette, une Honda Odyssée d’occasion, permettant de caser huit passagers. Mais pourquoi un tel véhicule dans un quartier urbanisé comme Rosemont–La Petite-Patrie ? « Nos trois garçons jouent au hockey. Alors, on a choisi une auto qui nous permettait de voyager nos trois enfants avec leurs poches de hockey, explique-t-elle. On trouvait important aussi de pouvoir amener des amis et les coéquipiers. Donc, on n’a pas le choix d’avoir un gros véhicule. »

Ce qui complique les choses, c’est que les matchs se déroulent parfois simultanément dans différents arénas aux quatre coins de la ville. Reste que, parfois, la minifourgonnette reste sagement stationnée. « Maintenant, comme les enfants sont plus vieux, on se rend parfois à l’aréna à vélo avec la poche de hockey. C’est quelque chose qu’on n’aurait pas envisagé avant », dit-elle.

Josée Laterreur a récemment acheté un VUS Toyota RAV4 et ne s’en passerait pas. « C’est sûr que, dans l’absolu, j’aimerais ça être végétarienne, ne pas avoir de voiture et faire tout à pied, mais bon, je manque un peu de temps et d’organisation. Et faire du vélo à Montréal, même l’été, je trouve ça assez dangereux », explique celle qui, pour des raisons professionnelles, doit faire beaucoup de déplacements en ville.

Bancs de neige et nids-de-poule

Si les Montréalais ne semblent pas, à première vue, faire face à des conditions de route extrêmes dans leurs déplacements, ceux-ci ne sont pas toujours aisés. Il leur faut composer avec des nids-de-poule, des plaques de glace et des monticules de neige qui mettent parfois la mécanique à rude épreuve. « Avant, j’avais une Honda Civic et j’ai abîmé le dessous de la voiture. C’est bien que la Ville ne déneige pas systématiquement, mais en ville, il n’y a pas beaucoup d’espace pour la neige. […] Avoir un véhicule plus haut, ça permet de circuler mieux en ville. »

Josée Laterreur a envisagé de prendre les transports en commun, mais elle a vite renoncé à cette option compte tenu des temps de déplacement trop longs pour elle. De plus, le métro et les autobus bondés ne lui paraissent pas très attrayants.

Courtière immobilière, Chantal Gobeil a elle aussi opté pour un VUS. Comme d’autres, elle évoque l’état des rues à Montréal. La voiture de plus petite taille qu’elle avait auparavant lui causait bien des maux de tête. « C’est comme ça que j’ai connu tous mes voisins. Ils devaient venir me pousser », relate-t-elle. Son Nissan Rogue lui permet de manoeuvrer plus aisément dans les places de stationnement mal déneigées. « J’en ai besoin pour mon travail et j’ai de la famille en Abitibi et au Lac-Saint-Jean. »

Mélissa Jourdain et son conjoint sont de grands adeptes de vélo, même en hiver, mais leur véhicule est fort utile pour la famille qui grandit, avec un troisième enfant en chemin, fait-elle valoir. « Honte à nous — cela a vraiment été une grosse discussion dans la maison —, mais on s’est ramassés avec un VUS parce qu’on a [bientôt] trois enfants. Mais c’est un hybride. Ça allège un peu ma conscience, mais pas tant. »

Même si Montréal encourage la mobilité active et multiplie les pistes cyclables, la ville demeure très axée sur les déplacements en voiture, selon elle. « Je trouve qu’au Québec, tout est fait pour qu’on ait une voiture. Près de chez nous, il y a des commerces de grande surface avec d’immenses stationnements. Ce n’est pas agréable à pied. Mais je serais la première à tout vouloir faire à pied. »

La publicité

La popularité grandissante des camions légers, tant à Montréal que dans tout le Québec, préoccupe Catherine Morency, professeure à Polytechnique Montréal et spécialiste de la mobilité urbaine. « Je pense que les concessionnaires et les constructeurs automobiles ont bien fait leur travail en réussissant à convaincre tout le monde du besoin d’avoir un gros véhicule », dit-elle.

Elle montre du doigt la publicité omniprésente et les plans de financement qui permettent aux acheteurs d’étaler leurs paiements sur 60 mois. « Ça donne l’impression aux gens qu’ils peuvent se payer ce type de véhicule. »

Selon elle, la publicité automobile devrait être réglementée — voire interdite — afin que son contenu soit mieux encadré. « La publicité ne va pas montrer des faits. Elle va même aller jusqu’à montrer des comportements illégaux », dit-elle en évoquant les images de véhicules circulant à toute allure dans des ruisseaux.

Les autorités ne donnent aucun signal clair pour contrer la hausse du nombre de gros véhicules, selon elle. S’il prend l’avion, le voyageur devra payer un tarif établi en fonction de la taille de sa valise et respecter une certaine limite. « Sur les routes, il n’y a pas ça. C’est un service public. Si ma voiture est tellement grosse que j’empiète sur les autres espaces de stationnement, je ne paie pas plus cher. » À cet égard, les arrondissements du Plateau-Mont-Royal et de Rosemont–La Petite-Patrie imposent désormais des vignettes dont le coût varie en fonction du poids des véhicules, une voie prometteuse selon elle.

La taille des véhicules peut avoir des conséquences insoupçonnées. Au Royaume-Uni, l’association British Parking Association a même conclu que les VUS et les voitures électriques pouvaient représenter un danger potentiel de par leur poids pour l’intégrité des stationnements conçus à une autre époque pour des véhicules plus légers.

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