quand Robert Badinter souffrait d’impopularité

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"J'étais le ministre des criminels" : quand Robert Badinter souffrait d'impopularité

Si les hommages se succèdent après la mort de Robert Badinter, l’ex-ministre de la Justice a longtemps souffert d’impopularité auprès de l’opinion publique.

Il restera comme l’homme qui a aboli la peine de mort. L’annonce de la mort de Robert Badinter, ex garde des Sceaux sous François Mitterrand, ce vendredi 9 février 2024 a provoqué une pluie d’hommages, peu importe la couleur politique. Icône humaniste de la gauche, l’ancien président du Conseil constitutionnel n’a pas toujours eu la côte de popularité qui le caractérise aujourd’hui. À l’époque perçu comme l’avocat des voyous, il est aujourd’hui qualifié de “figure du siècle” par le président de la République, Emmanuel Macron.

Robert Badinter, “l’avocat des assassins”

Cette impopularité, Robert Badinter n’avait pas hésité à en parler très librement dans une interview accordée au JDD, en mars 2011. Malgré la création d’un cabinet de droit civil avec Jean-Denis Bredin, ex-membre de l’Académie française, il était “l’avocat des assassins” pour l’opinion publique. “On ne me voyait qu’à travers les affaires d’auteurs de crimes atroces qui avaient échappé à la peine de mort” raconte-t-il. Si ce dernier dit avoir “considérablement amélioré la condition des victimes”, l’opinion publique, elle, ne semblait pas y prêter attention.

Un ministre jugé trop scolaire ?

Réservé, pas vraiment rompu aux joutes médiatiques, l’ex député des Hauts-de-Seine était un intellectuel de grand talent, qui n’a jamais réellement voulu montrer ses émotions. Une retenue que les Français n’appréciaient guère. “J’ai des capacités de conviction, lorsque je suis fortement convaincu, mais je ne maîtrisais pas la technique médiatique. J’étais abstrait, professoral, dogmatique, là où il aurait fallu être cool, sympathique, chaleureux” expliquait-il, toujours dans le JDD, près de 12 ans en arrière. En réalité, Robert Badinter est resté un savant, un accompagnateur, un sage, plutôt qu’un ministre. Du moins, pour l’opinion publique.

Peu après l’abolition de la peine de mort, Badinter déjeunait avec le cardinal Lustiger. “Vous êtes au début de votre chemin de douleur. Quand il y a un grand crime, l’instinct de mort, qui sommeille chez les êtres humains, se réveille. Comme c’est par vous que cela ne sera plus possible, c’est sur vous que se polarisera cet instinct de mort” lui a-t-il confié, rapporte le titre de presse. Robert Badinter reconnaît qu’après l’abolition de la peine de mort, il n’y avait ni plus ni moins de crimes. “On a compris son inutilité et son inhumanité” déclare-t-il. Aujourd’hui, force est de constater que l’abolition de la peine de mort, la suppression de la Cour de sûreté de l’Etat, les tribunaux militaires, la loi anticasseurs, la dépénalisation de l’homosexualité ou encore ses réformes pour humaniser les prisons font de lui, un personnage emblématique de la République française.

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