Quelles sont les 10 nouvelles internationales qui ont marqué l’année 2023 ?


Deux guerres et leurs horreurs, deux séismes et leur bilan tragique, des ballons et un sous-marin de poche, un couronnement et la décapitation en plein vol d’un oligarque ont en partie fait l’actualité internationale de l’année qui s’achève. Retour sur ces moments marquants d’une année qui vient de s’écouler sur un monde troublé.

28 Janvier : Ballon météo ou espion ?

Cela n’aurait pu qu’être une anecdote, celle d’un ballon-sonde à la dérive dans le ciel de l’Alaska, puis du Montana, le 28 janvier dernier. Mais avec sa plateforme pouvant contenir une tonne de matériel, son passage au-dessus des silos nucléaires de la Malmstrom Air Force Base et surtout le fait qu’il semblait arriver discrètement de Chine, l’objet volant a surtout été à l’origine d’une crise diplomatique majeure entre Pékin, Washington et même Ottawa. Entre soupçons, accusations, allégations et démentis, cinq ballons placeront finalement pendant plusieurs jours leur trajectoire non déclarée au centre de l’attention. Un sera abattu par les États-Unis au-dessus de l’Atlantique. Un autre par le Canada au-dessus du Yukon, laissant dans leur chute de 60 000 pieds (18 kilomètres) quelques éléments de preuve, mais toujours un grand mystère sur les réelles intentions placées par la dictature communiste chinoise dans ces réservoirs d’hélium. 

5 au 6 Février : Double séisme en Turquie

L’enfer ne se sera ouvert qu’un tout petit deux minutes dans la nuit du 5 au 6 février dernier dans le sud de la Turquie. Deux minutes, à peine, à l’origine pourtant d’un bilan catastrophique : 50 000 âmes emportées par une secousse sismique de magnitude 7,8, puis d’une autre de 7,5 à 7,9 qui s’est produite 9 heures plus tard, sans prévenir, dans cette zone fragile du globe placée à la confluence des plaques anatolienne, africaine et arabique. En Syrie voisine, touchée elle aussi par ces tremblements, plus de 5000 personnes ont également péri. Amplifiée par la pauvreté et la corruption qui, dans les dernières années du régime de Recep Tayyip Erdoğan, ont fait apparaître des immeubles ne répondant pas aux normes sismiques, la tragédie avait le poids symbolique pour faire dérailler la campagne électorale du président autoritaire, alors en quête d’un nouveau mandat. Trois mois plus tard, il a pourtant été réélu

17 Mars : Poutine, ce criminel de guerre

C’est une incroyable gifle que la Cour pénale internationale (CPI) a infligée le 17 mars au président russe, Vladimir Poutineen lançant un mandat d’arrêt international contre lui pour son implication présumée dans l’enlèvement de milliers d’enfants en Ukraine et pour leur déportation illégale vers la Russie. Ces rapts de masse, orchestrés en temps de conflit, sont considérés comme un « crime de guerre » par le tribunal international. Ironiquement, Moscou a admis ce crime en se vantant d’avoir encadré le transfert de millions de civils ukrainiens sur son territoire, depuis 2022, dont plus de 720 000 enfants. Maria Alekseyevna Lvova-Belova, mise en accusation avec Poutine par la CPI, est même devenue la figure maternelle de ce programme de déportation et d’adoption de ces enfants par des couples russes. Moscou a toutefois encaissé la nouvelle avec sa suffisance habituelle, laissant l’ex-président Dmitri Medvedev comparer ces « mandats » à du papier de toilette.

25 Mars : De Waco à la Maison-Blanche

Il fallait les entendre, les partisans de Donald Trump rassemblés à l’aéroport de Waco, au Texas, le 25 mars, défendre leur candidat. Comment ? En parlant ici de lui comme d’une victime traquée par une justice à la solde des démocrates et là, d’un leader dont le retour à la Maison-Blanche n’est pour eux qu’une question de temps. À la veille de sa première inculpation au pénal — pour versement d’un pot-de-vin à une actrice porno —, ce n’est sans doute pas un hasard si le populiste a choisi cette ville marquée par la tragédie du siège de la secte des Davidiens, un groupe fanatique ouvertement antisystème, pour y tenir le premier rassemblement politique de sa campagne présidentielle, 20 mois avant le scrutin. Un croisement de symbolique, pour ce grand manipulateur des opinions, qui quelques jours avant de monter sur scène, dans cet environnement chargé par la mémoire, avait mis le monde en garde : s’il devait être accusé par la justice de son pays, cela entraînerait « morts et destruction ». 

6 Mai : Charles et Camilla couronnés

Huit mois après avoir accédé au trône du Royaume-Uni et de l’Empire britannique, à la mort de sa mère, Élisabeth II, le prince Charles, devenu Charles III, est couronné le 6 mai depuis l’abbaye de Westminster à Londres, en compagnie de son épouse et reine consort, Camilla Parker Bowles. À 73 ans, Charles devient le monarque le plus âgé à être placé au coeur de ce protocole démodé, religieux et guindé qui attire un gratin mondial de vedettes, politiciens et têtes couronnées, tout comme plusieurs millions de téléspectateurs partout dans le monde. L’esprit solennel peine toutefois à masquer l’anachronisme de l’instant, tout comme le fait qu’il vient célébrer une monarchie désormais en perte de vitesse au Royaume-Uni. 62 % des Britanniques disent aujourd’hui vouloir conserver ce cadre politique et symbolique, contre les 90 % dans les années 1980. Au Québec, ce sentiment antimonarchique est partagé par… 71 % des répondants à un récent sondage. 

6 Juin : À qui a profité la destruction du barrage de Kakhovka ?

En temps de guerre, la première victime, c’est la vérité, dit-on, et le mystère persistant autour de la destruction le 6 juin du barrage hydroélectrique de Kakhovka, dans le sud de l’Ukraine, en fait certainement la démonstration. Six mois plus tard, il est toujours impossible de savoir avec exactitude qui, des Russes ou des Ukrainiens, ont finalement orchestré la rupture de cette construction, et ce, pour l’atteinte de quel objectif ? C’est que les deux camps sortent facilement perdants de cette tragédie : la Russie, en se retrouvant devant une importante source d’approvisionnement en eau, pour la Crimée qu’elle occupe depuis 2014, contaminée et l’Ukraine, face à des terres inondées sur les rives du Dniepr compromettant ainsi sa contre-offensive. Une seule certitude demeure : l’explosion du barrage a fait plus de 50 morts, et induit une tragédie environnementale dont la « réparation » va prendre des années et coûter près de 1,31 milliard de dollars américains, a dit le ministre ukrainien de l’Environnement, Ruslan Strilets.

18 Juin : La fragilité d’un titan

Captiver en alliant tragédie humaine et absurde concordance de destin : c’est ce qu’on fait, malgré eux, en juin, les occupants du Titan, submersible de poche de la compagnie OceanGate censé conduire ses quatre riches touristes de l’extrême et son pilote à 4000 mètres de profondeur dans l’Atlantique Nord pour l’observation à haut risque de l’épave du Titanic. Problème : le projet a fait naufrage, d’abord avec la disparition du sous-marin sur les sonars 1 heure 45 minutes après avoir quitté la surface de l’eau, suivie par une longue mise en tension médiatique de ce silence, sur fond d’hypothèses hasardeuses et de calcul de temps de survie et de réserves d’oxygène. Un temps bien long pour une tragédie qui se sera jouée finalement dans une fraction de seconde : celle de l’implosion du vaisseau, non homologué pour une telle aventure, et qui n’a laissé que très peu de débris dans le fond de la mer, retrouvé à 500 mètres de l’épave de l’autre insubmersible.

23 Août : La chute du groupe Wagner

Il aura péri comme il a vécu : dans la violence et l’horreur. Le 23 août, l’oligarque russe et délinquant notoire entré dans le cercle rapproché de Vladimir Poutine, Evgueni Prigojine, perd la vie dans l’écrasement — « accidentel », selon le Kremlin — de son avion privé entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Deux mois plus tôt, jour pour jour, l’homme chargé des basses oeuvres de Poutine avait lancé ses troupes dans une marche étonnante sur la capitale russe, une rébellion aux allures de putsch, visant à dénoncer, selon lui, le manque de soutien du régime envers ses mercenaires du groupe Wagner combattants en Ukraine. Le geste aura été qualifié de « trahison interne » par le dictateur russe et de « tentative de mutinerie » par les services secrets russes, plaçant ainsi le destin de ce proche de Poutine sur un nouveau plan de vol, aux conséquences aussi sordides que funestes. 

19 Septembre : La chute du Haut-Karabakh

Ce n’était qu’une question de temps, mais tout est allé très vite. Trois ans après une guerre éclair de 44 jours qui avait affaibli les positions arméniennes dans le Haut-Karabakh et débouché sur une paix fragile, l’Azerbaïdjan a finalement « rétabli sa souveraineté » sur l’enclave, en septembre, au terme d’un blocus de 10 mois suivi d’une offensive armée lancée qui n’aura duré que 24 heures. L’inertie des troupes russes, pourtant chargées d’assurer la paix entre les Arméniens et les Azéris, tout comme les nouvelles alliances que le pétrole a fait naître entre le régime du président azerbaïdjanais, l’autocrate Ilham Aliev, et plusieurs capitales occidentales, auront facilité cette chute et replacé les Arméniens au coeur d’une autre crise humanitaire se déroulant trop loin pour émouvoir suffisamment de monde. 

7 Octobre : L’attaque du Hamas contre Israël

Et dire qu’Israël était sur le point de normaliser d’ici la fin de l’année ses relations diplomatiques avec ses voisins arabes ! Mais le 7 octobre, tout a basculé, avec une vague de colère mue par les frustrations et une violence sans précédent que le Hamas, le groupe terroriste contrôlant la bande de Gaza, a décidé de faire déferler sur Israël, laissant derrière elle le traumatisme d’un millier de morts, des centaines d’otages, de viols, d’exactions innommables… Le pogrom — puisqu’il faut bien le nommer — a d’abord soulevé l’indignation partout dans le monde. Mais la violence dévastatrice de la riposte d’Israël, dirigé par une coalition d’extrémistes faisant tomber leurs bombes sur les civils du territoire palestinien, a depuis brouillé les frontières entre les victimes et les bourreaux. Plus de 20 000 Palestiniens, en majorité des femmes, des enfants et des adolescents, ont péri dans cette nouvelle guerre. Un bilan qui rappelle l’urgence de trouver une solution définitive à ce conflit qui, depuis plus de 75 ans, s’enlise dans les cycles insoutenables de la haine et de la vengeance.

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