Qui est Sébastien Lecornu, pressenti pour être nouveau Premier ministre ?

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Qui est Sébastien Lecornu, pressenti pour être nouveau Premier ministre ?

SEBASTIEN LECORNU. Le ministre des Armées est pressenti pour devenir le nouveau Premier ministre et remplacer Élisabeth Borne à Matignon. Le remaniement pourrait intervenir dès cette semaine.

Sébastien Lecornu est aujourd’hui pressenti pour prendre la tête du gouvernement et remplacer Élisabeth Borne. En effet, un remaniement d’ampleur pourrait être annoncé dès cette semaine par le chef de l’État Emmanuel Macron. Ce “politique” en parfaite ligne avec Macron est également un ancien cadre de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) puis des Républicains (LR).

Le natif d’Eaubonne (Val-d’Oise) a également été assistant parlementaire du député UMP Franck Gilard, conseiller auprès de Bruno Le Maire, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes dans le premier gouvernement Fillon, maire de Vernon (Eure) et président de département. Celui qui était  benjamin du gouvernement Philippe au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, a aussi un parcours ministériel à faire valoir : avant d’hériter  des Outre-mer, il a auparavant été secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire et ministre chargé des Collectivités.

Le 20 mai 2022, Sébastien Lecornu est nommé ministre des Armées, il succède à Florence Parly, ministre des Armées depuis le 21 juin 2017. La nomination de Sébastien Lecornu au ministère des Armées était envisagé par le JDD dès les premières rumeurs sur le remaniement. Cet ancien étudiant en droit à la prestigieuse université d’Assas à Paris est lieutenant de réserve dans la gendarmerie depuis 2014. “Fin connaisseur des grades, il a pris l’habitude de passer les troupes en revue lors de ses déplacements”, écrit Le Figaro.

Sébastien Lecornu est arrivé aux Armées à un moment complexe. La question de nommer un nouveau ministre, alors que la guerre fait toujours rage en Ukraine et que les tensions internationales sont loin d’être apaisées, est d’ailleurs longtemps restée en suspens. Jusqu’ici, la stabilité était mise en avant, Florence Parly étant donnée comme un des rares membres du gouvernement en mesure de conserver son poste après la présidentielle. Mais dans les derniers jours, l’actuelle ministre des Armées, comme celui des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, autre poids lourd de l’exécutif en temps de crise, ont été donnés partants.

Reste que Sébastien Lecornu est le choix de la parfaite entente pour Emmanuel Macron. Présenté comme un “homme de confiance” du chef de l’Etat, qui reste dans les institutions le “chef des Armées”, cet ancien proche d’Edouard Philippe a été en quelque sorte préempté par le président de la République pendant le précédent quinquennat. Après avoir été “remarqué” par le locataire de l’Elysée, Sébastien Lecornu aurait notamment “gagné ses galons” en tant que ministre des collectivités territoriales “en mettant en branle le grand débat” en réponse à la crise des gilets jaunes en 2018, écrit Le Monde dans le court portrait qu’il consacre au ministre de la Défense.

Lors du grand débat, Sébastien Lecornu accompagnera Emmanuel Macron lors de chaque déplacement ou presque. Il reste depuis dans le sillage  du président, dont il a présidé l’Association de soutien avant la présidentielle 2022, rassemblant les élus au sein de comités locaux.

Sébastien Lecornu plus “politique” que Florence Parly

Sébastien Lecornu affiche en tout cas un profil bien plus politique que celui de Florence Parly, nommée ministre des Armées le 21 juin 2017. Cette énarque, qui prendra la place de Sylvie Goulard, démissionnaire après quelques semaines seulement à la Défense, n’est pas tout à fait étrangère au gouvernement quand elle y entre après l’élection d’Emmanuel Macron. Elle a notamment déjà été secrétaire d’État du Budget entre 2000 et 2002 dans le gouvernement de Lionel Jospin. Pourtant elle affichera pendant tout le quinquennat une image de technicienne, agissant plus en gestionnaire des armées et de leur budget qu’en stratège.

Socialiste d’origine (elle a adhéré au PS en 1995) Florence Parly a également été directrice générale adjointe chez Air France de 2008 à 2014, puis directrice générale stratégies et finances à la SNCF et directrice générale de SNCF Voyageur du 1er mai 2016 à sa nomination. Un temps pressentie pour Matignon, elle a finalement été reconduite dans ses fonctions en juillet 2020. 

Cet “homme de terrain et de réseaux”, selon Le Figaro, est reconnu pour son intelligence politique. Comptant parmi les rares invités du prestigieux dîner du Siècle, il est un visiteur du soir de quelques vieux ténors de la politique de gauche comme de droite, de Laurent Fabius à Nicolas Sarkozy. On a aussi vanté ses qualités politiques aux côtés de Nicolas Hulot à la Transition écologique, au début du quinquennat. Sébastien Lecornu aurait alors géré la partie la moins gratifiante du travail : la politique de terrain, les relations avec les élus mais aussi avec les chasseurs, ainsi que quelques dossiers chauds comme la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim ou le projet de centre d’enfouissement des déchets nucléaires. 

Benalla, Guadeloupe… Quelques faux pas 

Son seul faux pas ou presque au gouvernement : la crise en Guadeloupe en fin d’année dernière, qui virera aux émeutes contre l’obligation vaccinale des soignants et des pompiers contre le Covid-19. Sébastien Lecornu s’est vu reprocher une trop grande rigidité face aux revendications, dans cette crise qui rendra Emmanuel Macron très impopulaire sur l’île. Pour preuve : le chef de l’Etat y a obtenu seulement 13,43% au premier tour de la présidentielle et 30,40% au second, écrasé par Marine Le Pen le 24 avril (il l’avait emporté avec 30,22 % et 75,13% en 2017). Une situation qui s’est répétée en Martinique, à La Réunion, ou encore en Guyane.

Une soirée en Nouvelle-Calédonie, lors de laquelle les gestes barrière auraient été négligés, mettra aussi un temps le ministre Lecornu dans une position inconfortable, tout comme le rejet par les élus de Mayotte de son projet de loi pour l’archipel. Un camouflet pour l’exécutif. Sébastien Lecornu a aussi été cité bien malgré lui en marge de l’affaire Benalla, puisqu’en tant que lieutenant de réserve de la gendarmerie, c’est lui qui commandait de peloton dans lequel l’ex-chargé de mission de l’Elysée est intervenu le 1er mai 2018, lors des manifestations dans la capitale.

Quelles sont les origines de Sébastien Lecornu ?

Né le 11 juin 1986 à dans le Val-d’Oise, Sébastien Lecornu est issu d’une famille de la classe moyenne. Ses parents, mère secrétaire médicale devenue mère au foyer et père technicien à la Snecma grâce aux cours du soir, se sont “saignés” pour qu’il suive des études à Paris, selon ses propres termes. Titulaire d’une licence de droit avant d’intégrer Panthéon-Assas, il a été, dans sa jeunesse, marqué par son grand-père, résistant “couvert de décorations”, ou un grand-oncle, fusillé par les SS après avoir été torturé par la Gestapo. Une fascination qui l’incitera à se diriger initialement vers une carrière militaire, avant de bifurquer vers la politique. 

“A 7-8 ans, j’ai fait toutes les cérémonies patriotiques. C’est par l’histoire que je suis arrivé à la politique”, confiait à ce sujet Sébastien Lecornu dans la presse, il y a quelques années. Décrit comme incollable quand il s’agit de décortiquer les grades de l’armée, ce lieutenant de réserve de la gendarmerie a réalisé sans doute, avec le ministère de la Défense, un rêve qu’il n’aurait jamais imaginé.

Quel est le rôle du ministre de la Défense ?

Le ministre de la Défense nationale et des Forces armées est chargé “de la préparation et de la mise en œuvre de la politique de défense” de la France selon le site du ministère. Une responsabilité qu’il assume, avec le Premier ministre, devant le Parlement. Un objectif majeur est confié au ministre des Armées : “assurer la protection du territoire national, de la population et des intérêts français partout dans le monde”. Reste que le ministre de la Défense a une position particulière, le Président de la République restant officiellement le chef des armées (armée de l’air, armée de terre et marine). Il doit aussi travailler en bonne intelligence avec le Premier ministre qui est garant de l’action gouvernementale dans tout le champ de la défense et de la sécurité nationale.

Cette situation fait très souvent du ministre de la Défense un gestionnaire des armées plus qu’un chef militaire, avec un rôle ingrat : définir, défendre et assumer chaque année un budget pour les armées, avec programmation souvent très débattue des effectifs, des équipements et des infrastructures. L’organisation des armées ainsi que des directions et services du ministère fait en effet partie de ses principales compétences. Le ministre est aussi en charge des “affaires relatives aux anciens combattants et aux victimes de la guerre, au lien entre les armées et la nation, à la réserve militaire et aux questions relatives aux rapatriés”.

La ministre de la Défense aussi été mobilisée ces dernières années sur une autre de ses attributions : la “contribution du service de santé des armées à la politique de santé publique”, avec notamment le recours aux hôpitaux de campagne lors de la crise du Covid au printemps 2020. Sa mission cruciale du moment et des prochaines semaines est de participer aux négociations internationales relatives à la défense.

Le ministre des Armées est traditionnellement assisté par un ou plusieurs secrétaires d’Etat ou ministres délégués, comme c’est très souvent le cas au portefeuille des Anciens combattants. Mais il est aussi entouré de plusieurs représentants clés, de “directions” et de “bureaux” spécialisés, comme le Chef d’état-major des armées, un Délégué général pour l’armement (DGA) ou encore une Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

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