« Quintessence » pour célébrer le 40e anniversaire d’I Musici

I Musici fêtait officiellement son 40e anniversaire avec un concert intitulé Quintessence, jeudi soir à la salle Pierre-Mercure. L’orchestre en avait fort bien rempli le parterre pour une soirée où la chaleur des couleurs de l’ensemble a été mise en valeur, notamment dans une transcription du Quintette op. 111 de Brahms.

Cela faisait partie du mandat de Jean-François Rivest, par contraste avec celui de Jean-Marie Zeitouni : un retour à la formule I Musici, ensemble de cordes plutôt qu’orchestre de chambre. Cette avenue convient bien au chef, violoniste à l’origine. Elle a aussi une forte incidence sur les programmes, avec bon nombre de transcriptions pour ensemble de cordes de quatuors, quintettes et sextuors. Désormais, lorsque I Musici programme des Symphonies de Beethoven (à quoi bon d’ailleurs ?), ce sont des réductions-adaptations et non pas, comme avec Turovsky ou Zeitouni, des concerts élargis avec des musiciens surnuméraires.

Équilibres

Il ne s’agit plus que de trouver ou de retrouver un public friand de quatuors joués par vingt personnes, mais à en juger par ce parterre bien garni, jeudi, à notre grande surprise, cela existe bel et bien. Pour dissiper un possible malentendu, ce n’est pas que le répertoire pour orchestre à cordes n’existe pas, mais son exploration, à quelques exceptions près, comme le concert original de Lina González-Granados en octobre (qui, hélas, tombait en même temps que d’autres concerts) semble assez secondaire.

La très bonne idée de Jean-François Rivest dans Strauss et Brahms, comme l’a bien souligné l’altiste Elvira Misbakhova, amenée à prononcer quelques mots de bienvenue, a été de distribuer 6 altos dans ces oeuvres. Avec 4 violons I, 4 violons II, 6 altos, 3 violoncelles et 1 contrebasse, la texture sonore, notamment dans Brahms, est exactement celle qui convient. Strauss, aussi, profite de cette chaleur et de cette rondeur accrues. Rivest travaille l’agrément de ce son d’ensemble, superbement moelleux dans Strauss, et les nuances, admirables dans le 2e mouvement de Brahms.

Le chef a eu la judicieuse intuition de parler avant la présentation de la Grande Fugue de Beethoven en expliquant clairement la structure de cette oeuvre complexe. Quant à l’exécution, elle avait de la tenue et de la poigne. Vous aurez sans doute compris que nous ne sommes pas des fanatiques invétérés de voir quatre violons faire des efforts surhumains pour sonner avec l’unanimité d’un seul. Ce n’est quasiment pas possible et ne l’a pas tout à fait été, notamment du côté des violons I. Mais les défis de ces partitions tardives de grands compositeurs ont assurément contribué à cimenter un ensemble qui n’affiche aucune lassitude face au poids des ans.

Quintessence

Strauss: «Sextuor de Capriccio». Beethoven: «Grande Fugue, op. 133». Brahms: «Quintette, op. 111». I Musici, Jean-François Rivest. Salle Pierre-Mercure, jeudi 18 janvier 2024.

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