Rétrospective 2023 : une année ambivalente pour le MMORPG

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Que retenir de cette année 2023 sur le front des MMORPG ? Quelques nouvelles extensions en Occident et un certain engouement pour les cozy MMO, mais aussi de nouveaux jeux massivement multijoueurs majeurs en Asie.

Résumé en quelques mots. Quel bilan dresser de cette année 2023 sur le front des MMORPG ? D’abord sans doute que le marché des MMORPG semble encore très figé : les mêmes blockbusters massivement multijoueurs dominent toujours le secteur et se renforcent encore grâce à leurs extensions. Le milieu des MMO se renouvelle néanmoins un peu à la marge, en s’adressant à un nouveau public intéressé par les univers conviviaux des « Cozy MMO » – faut-il y voir une tendance de fond ?
Pour autant comme souvent, les vraies nouveautés viennent d’Asie, notamment avec les lancements successifs de Blue Protocol au Japon et de Throne and Liberty en Corée du Sud. Il faudra du temps pour évaluer leur impact sur le petit monde des MMO, mais on constate néanmoins d’ores et déjà une volonté de renouer avec les canons du genre.

MMORPG : quel bilan 2023 ?

En fin d’année, il est d’usage de dresser le bilan des quelques derniers mois écoulés. L’exercice n’est néanmoins pas aisé en matière de MMORPG dans la mesure où le genre s’inscrit généralement dans un temps long : il faut plusieurs années pour concevoir un jeu massivement multijoueur et une fois lancé, si tout se déroule à peu près comme escompté, il sera exploité pendant encore plusieurs années supplémentaires. Le secteur évolue donc lentement et les bouleversements n’y sont pas légion, même d’une année à l’autre.

Peu de renouvellement en Occident

C’est ce qu’on constate plus spécifiquement en Occident : les sorties significatives de nouveaux MMORPG en 2023 se comptent sur les doigts d’une main (de lépreux), et encore. En faisant abstraction des projets indépendants ou plutôt modestes, les derniers lancements d’envergure de MMORPG en Occident remontent peu ou prou à début 2022 avec la version internationale de Lost Ark (trois ans après la version sud-coréenne) et avant ça au lancement de New World en septembre 2021 ou encore auparavant, à celui d’Albion Online en 2017 ou de la version occidentale de Black Desert Online en 2016… Pour trouver des lancements de MMO occidentaux en 2023, il faut lorgner vers des projets modestes et pas toujours très flatteurs : par exemple le lancement officiel de Gloria Victis en février (après des années d’accès anticipé suivi de l’annonce de sa fermeture en octobre) ou celui de Ethyrial: Echoes of Yore en mai (particulièrement raté), ou encore les coups d’envoi de l’accès anticipé de Waven en août (qui a su séduire certains joueurs) et celui de Wayfinder à la même époque (d’abord assez chaotique avant de chercher un second souffle au gré des mises à jour), mais ce n’est pas leur faire injure que de considérer qu’ils s’adressent à un public de niche et ne chambouleront sans doute pas le paysage massivement multijoueur actuel. 

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De fait, il convient de constater que les lancements majeurs de MMORPG de cette année 2023 se limitent peu ou prou à des extensions – la série de mises à jour Necrom d’Elder Scrolls Online, Secrets of the Obscure pour Guild Wars 2, La Terre du Matin Radieux de Black Desert ou encore Rise of the Angry Earth pour New World, par exemple. On l’a noté : les MMORPG sont des projets pérennes et pour peu qu’ils parviennent à fédérer une communauté de joueurs, un petit nombre de titres monopolisent le secteur et laissent donc peu de place au renouvellement. Final Fantasy XIV et World of Warcraft s’imposent manifestement encore comme les MMORPG les plus populaires en 2023, RuneScape, Eve Online ou The Lord of the Ring Online (se) reposent encore sur leurs communautés de joueurs fidèles, PlanetSide 2 ou les EverQuest n’ont pas encore rendu les armes et presque tous (à l’exception notable de New World) peuvent déjà revendiquer au moins une petite décennie d’exploitation, tout comme la plupart de leurs concurrents.

L’émergence des « Cozy MMO »

Est-ce à dire que le genre massivement multijoueur est condamné à rester figé dans le formol, immuable et monolithique, voire à se scléroser ? Peut-être pas. Si le MMORPG traditionnel occidental tarde encore à se renouveler (en attendant 2024 qui pourrait peut-être être porteur de surprises), une petite tendance a néanmoins commencé à se dessiner en 2023 : celle des « cozy MMO ». Ces jeux en ligne (massivement) multijoueurs qui entendent prendre le contre-pied des univers brutaux et des communautés parfois toxiques qui ont longtemps été associés aux jeux en ligne et MMORPG, pour proposer au contraire des mondes conviviaux et des mécaniques de jeu qui favorisent la coopération, l’entraide ou les interactions sociales.

Marché Maji

En tête de proue de ces « cozy MMO », on pense évidemment à Palia, lancé sur PC et Switch, certes pas très massif mais communautaire et qui semble trouver son public. Dans une certaine mesure, on pourrait y ajouter Disney Dreamlight Valley et son monde coloré, ou The Wagadu Chronicles qui promet une expérience à la fois sociale et roleplay dans un monde original inspiré de l’afro-fantasy – même si le titre, lancé début décembre dernier dans un accès anticipé manifestement très précoce et avec encore peu de contenu, peine à attirer et encore plus à fidéliser les joueurs. Cette tendance tend aussi à se confirmer avec les projets annoncés ou ayant commencé à se dévoiler cette année : BitCraft entend embarquer les joueurs dans la création d’une civilisation et faire la part belle à l’artisanat ; Into the Echo promet un voyage à la fois narratif et temporel ; Loftia s’inspire des thématiques solarpunk pour imaginer un monde utopiste où la coopération est la clef pour faire face aux enjeux du réchauffement climatique (et sur cette base, le titre a levé cette année près de 1,3 millions de dollars sur Kickstarter). Et on pourrait par exemple aussi y ajouter le Project inZOI de Krafton, pas (encore) un MMO mais qui invite à vivre une vie sociale virtuelle dans un monde urbain réaliste…

Les mois et années à venir diront si les « Cozy MMO » s’implanteront durablement dans le paysage massivement multijoueur occidental et s’ils contribueront à étendre le marché à un nouveau public. D’ores et déjà, on peut néanmoins constater qu’il y a évidemment un public pour les « cozy games » jouables en solo ou en multijoueur (on pense à Animal Crossing, My Time At Portia, Stardew Valley ou encore Fae Farm, entre autres), et que leur déclinaison au format MMO ferait presque figure de retour aux sources. Certes, les premiers MMO misaient sur les combats et diverses formes de rivalité, mais les joueurs de la fin des années 1990 et début 2000 s’étaient appropriés ces mondes numériques pour leur dimension sociale – pour rester en contact avec les membres de leur guilde. Les MMO ont perdu cette fibre sociale avec l’avènement des réseaux sociaux, mais pourraient la retrouver à l’heure des « Cozy MMO » (et alors que les réseaux sociaux se révèlent finalement de moins en moins sociaux). Avec le recul, on découvrira peut-être que 2023 aura été l’année du basculement vers une nouvelle forme de jeux massivement multijoueurs et de loisirs en ligne plus conviviaux et apaisés, réconfortants voire salvateurs en période de crises et de tension dans le monde.

En Asie, un commencement de renouveau pour le MMO

Comme souvent en matière de MMORPG, les évolutions les plus notables et les plus concrètes viennent néanmoins d’Asie. En 2023, les vrais lancements de nouveaux MMORPG l’ont été en Corée ou au Japon. En vrac, on pense par exemple à ArcheAge WAR ou Wars of Prasia l’un et l’autre lancés en mars, puis à Night Crows disponible depuis avril dernier en Corée. Ils ne sont pas encore arrivés en Occident, mais ces MMORPG ont manifestement trouvé un certain public et on constate que contrairement aux MMO cosy occidentaux, tous font le pari du PvP et des affrontements de grande envergure dans le cadre de batailles massives (les développeurs asiatiques profitent manifestement du développement technologies pour concevoir une offre réellement massive). Tous ou presque sont aussi attendus en version occidentale à plus ou moins longue échéance (le premier à être localisé devrait être Night Crows), on aura donc vraisemblablement l’occasion d’évoquer ces différents titres plus en détails dans un futur proche.

Wars of Prasia

Les sorties de MMORPG asiatiques les plus significatives de cette année 2023 restent néanmoins, celles d’abord de Blue Protocol au Japon le 14 juin dernier, puis ensuite de Throne and Liberty en Corée du Sud le 7 décembre dernier –  et l’un et l’autre seront distribués en Occident en 2024 sur les serveurs d’Amazon Games.

On se focalisera ici sur leur exploitation asiatique, et on retient d’ores et déjà que les deux jeux ont suscité un certain engouement auprès des joueurs locaux. Blue Protocol a attiré plus de 600 000 joueurs lors de sa première semaine d’exploitation au Japon, avec un pic de 200 000 joueurs connectés simultanément, et selon le développeur Bandai Namco Online, Blue Protocol serait ainsi le titre ayant atteint le plus rapidement ces résultats dans l’histoire japonaise du jeu en ligne PC. De son côté, NCsoft ne communique pas de chiffres de fréquentation de Throne and Liberty, mais le MMORPG a été lancé sur 21 serveurs de grande capacité, permettant d’estimer que NCsoft prévoyait d’accueillir au moins quelques centaines de milliers de joueurs pour le lancement – c’est assurément en-deçà des chiffres de fréquentation des MMORPG mobiles de la marque, mais avec Throne and Liberty, l’objectif de NCsoft est ailleurs.

Bue Protocol, Throne and Liberty, des titres distribués sur PC pour durer 

Throne and Liberty

Sur un marché asiatique saturé de MMORPG mobiles, Bandai Namco Online et NCsoft misent sur des MMORPG PC et affichent un objectif clair : faire vivre leur jeu de façon pérenne, pendant au moins quelques années. Et pour cause, selon une étude d’Atomik Research publiée en novembre dernier, 83% des jeux mobiles ferment leurs portes avant le troisième anniversaire de leur exploitation et 76% des jeux mobiles enregistrent leur meilleur chiffre d’affaires au cours de leur première année d’exploitation (seuls 4% font mieux la deuxième année). Et là où les jeux mobiles apparaissent comme des jeux kleenex, les MMORPG PC s’inscrivent davantage dans la durée et les deux studios ont manifestement des projets de mises à jour très régulières pour fidéliser leurs joueurs – un système de chapitres scénarisés pour Blue Protocol et la chronologie de mises à jour pour Throne and Liberty qui étoffe le contenu du jeu au même rythme que la progression des joueurs. Parallèlement, les deux jeux misent aussi le contenu de groupe, en petit comité pour Blue Protocol, de plus grande envergure pour Throne and Liberty. En d’autres termes, les deux studios entendent manifestement renouer avec les racines du MMORPG : jouer en groupe dans un monde qui évolue dans le temps.

L’objectif peut-il être atteint ? Seul le temps pourra le dire et on prend rendez-vous dans 25 ans pour vérifier si Throne and Liberty peut rivaliser de longévité avec le premier Lineage (le titre historique et emblématique de NCsoft). Pour autant, à ce stade, Throne and Liberty gagne manifestement un peu en popularité dans les cybercafés sud-coréens (passant de la 22e à la 15e place en trois semaines d’exploitation) et les échos des joueurs locaux sont manifestement plutôt positifs au fur et à mesure que le contenu de haut niveau se débloque (de vraies activités en jeu destinées aux groupes de joueurs) – et c’est plutôt un revirement tant les joueurs coréens étaient critiques envers NCsoft encore quelques semaines avant la sortie. En attendant de découvrir si Throne and Liberty trouvera sa place parmi les quelques blockbusters massivement multijoueurs qui se partagent le secteur, on retiendra que NCsoft coche au moins quelques-uns de ses objectifs : renouveler son catalogue de licences (Throne and Liberty est la première nouvelle licence du groupe depuis Blade and Soul lancé en 2012), proposer un titre qui repose sur les codes historiques du MMORPG (des masses de joueurs dans un univers persistent) et se montrer à l’écoute de sa communauté. À une époque où le MMORPG se cherche et peine manifestement à se renouveler, ce n’est peut-être déjà pas si mal.

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