Roblox épinglé pour négligence vis-à-vis des jeux d’argent et de son public mineur – Actu

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Rachel Colvin et Danielle Sass attaquent Roblox en août 2023. Les deux mères décrivent un système pervers où des sites tiers incitent les mineurs à parier leurs Robux, la monnaie premium de Roblox, pour gagner des lots. En retour, ces sites de paris convertissent les robux acquis en dollars à travers Roblox pour générer des profits, et la plateforme y prélève une taxe de 30% pour gonfler sa bourse. D’après Colvin et Sass, la plateforme générerait “des millions de dollars par an en frais de conversion” sur le dos des mineurs (enfin, moins légalement que d’habitude, quoi). Les plaignantes précisent que Roblox a tous les outils nécessaires pour traquer ces paris puisque les plateformes invitent ouvertement les utilisateurs à y connecter leur portefeuille de Robux pour des transactions simplifiées. Elles ont donc tenté d’attaquer l’entreprise à travers la loi Racketeer Influenced and Corrupt Organizations Act, ou RICO, notamment conçue pour punir les abus liés aux jeux d’argent.

Pas de racket, mais une vigilance trop faible

D’après le judge Vince Chhabria du tribunal de San Francisco, Roblox profite effectivement de ces jeux d’argent, mais les allégations des plaignantes sont insuffisantes pour activer la loi RICO : Roblox se contente de laisser prospérer ces combines en sachant pertinemment que des mineurs tombent dans le panneau, certes, mais il ne travaille pas activement avec ces sites moralement douteux pour s’engraisser. “Si quelqu’un émet une transaction à travers une banque, mais que la banque sait que les entités impliquées dans cette transaction blanchissent des fonds ou alimentent une entreprise criminelle… est-ce que la banque, sachant que ses processus ordinaires sont dévoyés pour aider une entreprise criminelle, fait elle-même partie de cette entreprise criminelle tombant sous le coup du RICO ?” C’est rhétorique, la réponse est non.

Un principe utilisé comme défense légale par l’accusé. Tiana Demas, représentante légale de Roblox, affirme que les plaignantes ont échoué à prouver que son client était conscient de ces transactions illégales. “Roblox n’est pas capable de contrôler les actions indépendantes de ses usagers. Cela est cohérent avec une gestion d’entreprise ordinaire. Dans toutes les affaires RICO citées comme précédent dans cette investigation, les allégations devaient montrer que l’accusé avait activement contribué aux activités criminelles.” Pourtant, Demas a aussi reconnu à demi-mot que Roblox savait que des sites de paris s’organisaient autour des Robux, ce que le juge Chhabria a relevé avec intérêt et utlisé contre l’entreprise.

Selon lui, si Roblox ne peut être poursuivi dans le cadre de la loi RICO, ses responsables ont versé dans la négligence criminelle en ne protégeant pas suffisamment les utilisateurs. “La règle fondamentale est que Roblox avait le devoir d’apporter des précautions raisonnables dans la conduite, la création et la gestion de sa plateforme pour éviter de créer un quelconque risque déraisonnable pour ses utilisateurs.” Par exemple, ayant conscience de l’explosion des paris en ligne, la plateforme aurait dû mener des campagnes de prévention. Roblox aurait donc violé l’Unfair Competition Law, une loi californienne réglementant le business sous toutes ses coutures dans l’état démocrate.

L’affaire rentre maintenant dans le vif du sujet avec la phase de discovery, principe américain où les deux parties en vigueur (les plaignantes et Roblox) pourront exiger des informations l’un de l’autre, par exemple une déposition sous serment. Un jugement basé sur les informations récoltées se tiendra ultérieurement.

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