Sept travailleurs humanitaires tués dans une frappe israélienne à Gaza

Israël a admis mardi une frappe « non intentionnelle » qui a tué dans la bande de Gaza sept collaborateurs de l’ONG humanitaire World Central Kitchen (WCK) livrant de la nourriture au territoire palestinien assiégé et menacé de famine.

Basée aux États-Unis, WCK, l’une des rares ONG à opérer encore dans le territoire palestinien dévasté par près de six mois de guerre entre Israël et le Hamas palestinien, a annoncé « suspendre ses opérations dans la région » après la frappe survenue lundi à Deir al-Balah (centre).

Plusieurs pays et organisations ont condamné ce raid, certains demandant des « explications » à Israël, dont l’armée mène une offensive de grande envergure à Gaza, en représailles à une attaque d’une ampleur sans précédent contre le sol israélien, le 7 octobre.

« Malheureusement hier [lundi], il s’est produit un incident tragique, nos forces ayant frappé de façon non intentionnelle des innocents dans la bande de Gaza », a déclaré le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, depuis l’hôpital où il a subi dimanche une intervention pour une hernie.

« Cela arrive dans une guerre, nous allons vérifier jusqu’au bout, nous sommes en contact avec les gouvernements et ferons tout pour que cela ne se reproduise plus jamais », a-t-il ajouté.

L’ONG WCK « est dévastée » et confirme que « sept membres de l’équipe ont été tués à Gaza dans une frappe des forces israéliennes ».

« J’ai le coeur brisé et je suis consternée que nous, World Central Kitchen et le monde, ayons perdu de belles vies aujourd’hui à cause d’une attaque ciblée des forces israéliennes », a déclaré la présidente de WCK, Erin Gore.

Les victimes étaient « originaires d’Australie, de Pologne, du Royaume-Uni, [et comprenaient aussi] un citoyen ayant la double nationalité américaine et canadienne et une personne palestinienne », selon l’ONG.

Trou béant

Depuis le début de la guerre, WCK a participé aux opérations humanitaires, notamment en fournissant des repas dans le territoire palestinien, où la majorité des quelque 2,4 millions d’habitants sont menacés de famine, selon l’ONU. Elle a aidé à l’envoi d’un premier bateau d’aide de Chypre vers Gaza mi-mars.

Les États-Unis, principal allié d’Israël, se sont déclarés « profondément troublés » par la frappe et ont « exhorté Israël à promptement enquêter ».

Les victimes de WCK ont été emmenées à l’hôpital de Deir el-Balah. Un correspondant de l’AFP a vu à cinq corps et trois passeports étrangers près des dépouilles.

Sur une image de l’AFP on peut voir le corps d’une des victimes portant un T-shirt noir avec le logo de l’ONG. D’autres montrent la carcasse détruite du véhicule, un trou béant sur le toit, juste sur le logo de la WCK.

Depuis le début de la guerre, plusieurs ONG présentes à Gaza ont affirmé que leurs employés ou sites avaient été touchés par des frappes israéliennes.

Le 7 octobre, des commandos du Hamas infiltrés depuis Gaza ont mené une attaque dans le sud d’Israël. Cette offensive a entraîné la mort d’au moins 1160 personnes, essentiellement des civils, selon un décompte de l’AFP à partir de données officielles. D’après Israël, environ 250 personnes ont été enlevées et 130 d’entre elles sont toujours otages dont 34 sont mortes, à Gaza.

Jurant de détruire le Hamas, Israël a lancé une campagne de bombardements aériens intenses sur Gaza, suivie d’un assaut terrestre qui a permis à ses soldats de progresser du nord au sud de la petite bande de terre.

Au moins 32 916 personnes, la plupart des civils, ont été tuées dans les opérations israéliennes, a indiqué le ministère de la Santé du Hamas, en faisant état de plus de 70 Palestiniens tués ces dernières 24 heures dans les bombardements incessants israéliens.

Destructions, cadavres

Lundi, après 18 jours d’opérations, les soldats israéliens se sont retirés du complexe hospitalier al-Chifa, à Gaza, laissant derrière eux d’immenses destructions et des cadavres.

Les soldats ont « tué plus de 200 terroristes et arrêté plus de 900 personnes suspectées de terrorisme » sur le site de l’hôpital en ruines, a indiqué l’armée après avoir accusé le Hamas, considéré comme un groupe terroriste par les États-Unis et l’Union européenne, d’avoir utilisé l’hôpital comme un « centre de commandement ».

La Défense civile de Gaza, dirigée par le Hamas, a fait état de 300 morts à l’intérieur et autour de l’hôpital dans les opérations israéliennes.

Des médecins et civils présents dans le complexe ont déclaré à l’AFP qu’au moins 20 corps avaient été retrouvés, dont certains semblaient s’être fait rouler dessus par des véhicules militaires.

« Faire preuve de retenue »

La guerre a aussi exacerbé les craintes d’une escalade dans la région.

Lundi, 13 personnes ont été tuées dans un raid inédit imputé à Israël contre la section consulaire de l’ambassade d’Iran à Damas, selon télévision d’État à Téhéran.

Le Corps des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique d’Iran, y a déploré la mort de sept de ses membres, y compris deux généraux de la force d’élite Qods, Mohammad Reza Zahedi et Mohammad Hadi Haji Rahimi.

L’Iran a juré de riposter au raid « du régime sioniste », alors que l’Union européenne a appelé à la « retenue ».

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