Sérieuses craintes de lockout à TVA

Déjà éprouvé par des compressions majeures qui mèneront à la suppression du tiers des postes, le réseau TVA pourrait se diriger vers un lockout. C’est du moins « la très grande inquiétude » de plusieurs employés à l’interne alors que le processus de renouvellement de la convention collective s’engouffre. Le syndicat a même quitté la table de négociation au début de la semaine.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente les employés de TVA, a expliqué avoir pris cette décision après que l’employeur eut refusé d’aborder à la table le sort des centaines d’employés qui ont appris en novembre dernier qu’ils seraient licenciés.

En même temps que de négocier la nouvelle convention collective, le SCFP souhaite obtenir des garanties pour ceux qui quitteront l’entreprise. Il espère aussi sauver certains des 547 postes abolis, parmi lesquels des emplois ont été supprimés « illégalement », en contravention avec la précédente convention collective, selon le syndicat.

Or, Québecor considère que le SCFP n’a pas reçu de mandat pour discuter des compressions et souhaite seulement s’asseoir avec lui pour négocier la prochaine convention.

« [L’employeur] ne démontre aucune volonté de sauver le moindre emploi qu’il a aboli illégalement le 2 novembre et il n’offre aucune garantie pour les emplois qui restent dans la prochaine convention collective. Bien entendu, les négos ne sont pas terminées, elles sont suspendues. Il est essentiel que l’employeur fasse preuve d’ouverture sur ces points », a déploré mardi le syndicat sur sa page Facebook.

La veille, le syndicat des employés de TVA avait été ouvertement critiqué sur sa page par plusieurs de ses membres les plus illustres. Les principales têtes d’affiche du réseau, qui ne font pas partie des employés licenciés, ont tour à tour reproché à leur syndicat de mettre de l’huile sur le feu en ne siégeant plus à la table de négociation et en s’obstinant à discuter des pertes d’emplois plutôt que de la future convention collective.

« TVA n’est pas une entreprise en pleine croissance comme Netflix. Si vous continuez à nier la réalité, c’est tous les syndiqués que vous mettez en péril, tant ceux qui partent que ceux qui restent », a écrit le journaliste sportif Renaud Lavoie.

« J’ai beau chercher, je n’ai trouvé aucun précédent où la politique de la chaise vide a servi les intérêts supérieurs des membres qui sont représentés. Aucun », a ajouté sur Facebook le présentateur vedette Paul Larocque, s’inquiétant d’un possible conflit de travail.

Rumeurs persistantes

Dans le milieu des médias, les rumeurs de lockout à TVA étaient déjà persistantes depuis quelques semaines. Sur Facebook, le syndicat s’est voulu rassurant, indiquant que le travail du conciliateur se poursuit. Une nouvelle rencontre avec l’employeur est toujours à l’horaire pour le 7 février.

Mais le mandat du conciliateur se termine le 11 février dans le dossier de la convention des employés de TVA à Montréal. En vertu de la loi fédérale, le syndicat pourrait entrer en grève trois semaines plus tard, soit le 4 mars, ce qui ne semble pas se dessiner pour l’instant. L’employeur obtient lui aussi le 4 mars le droit d’enclencher un lockout, un scénario jugé beaucoup plus probable dans le contexte actuel.

Ce lockout que plusieurs appréhendent se ferait sûrement ressentir à l’écran, surtout dans le secteur de l’information. Les journalistes, y compris les principales têtes d’affiche, sont en effet syndiqués, et ne pourraient travailler durant un conflit de travail.

Les reportages tournés en région et les bulletins régionaux pourraient tout de même continuer d’être diffusés, pour un temps à tout le moins. Les employés des régions sont en effet régis par une autre convention collective que ceux de Montréal. Ils sont eux aussi en période de négociation, mais le processus de conciliation n’est pas encore venu à échéance.

En cas de conflit de travail, LCN pourrait également retransmettre les contenus de QUB, la chaîne câblée lancée par l’entreprise il y a tout juste quelques semaines.

Conséquences sérieuses 

Depuis que Pierre Karl Péladeau a pris les rênes de l’entreprise, Québecor a connu plusieurs lockouts. Celui au Journal de Montréal, le plus long de l’histoire de la presse au pays, aura duré plus de deux ans, de 2009 à 2011. Durant toute cette période, le journal a continué d’être publié normalement grâce aux cadres, qui signaient des textes, et à l’Agence QMI, l’agence de presse de Québecor qui emploie des journalistes non syndiqués. Au grand dam des employés en lockout, le tirage du tabloïd a augmenté durant le conflit de travail, qui s’est finalement soldé par une entente collective largement favorable à la partie patronale.

Le journaliste Félix Séguin croit que l’issue d’un lockout à TVA serait aussi forcément défavorable aux employés. « Je pense représenter l’opinion de la majorité de mes collègues de la salle des nouvelles si je dis que les conséquences d’un conflit de travail seraient sérieuses. Elles mettraient à mal les efforts que l’on fait pour sauver notre métier en ce moment », soutient inquiet l’animateur de J.E, qui presse le syndicat de revenir à la table de négociation et de trouver un terrain d’entente rapidement.

Dans une note interne envoyée mardi aux employés, Québecor indique que certaines demandes syndicales « ne tiennent aucunement compte de la situation financière précaire de Groupe TVA et du déclin de l’industrie des médias ». L’entreprise y réitère que les compressions majeures annoncées en novembre dernier sont difficiles, mais nécessaires.

Québecor a déposé en décembre un projet de convention collective « qui comporte des modifications substantielles » à l’organisation du travail, a reconnu l’entreprise. Cette offre a été rapidement décriée par la partie syndicale, qui considère qu’elle ne respecte ni l’ancienneté ni les droits des travailleurs.

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