Sommes-nous prêts pour le retour en classe ?

Les enseignants du primaire et du secondaire devront préparer lundi prochain le retour en classe de leurs élèves sans être au fait des mesures qui seront incluses dans le plan de rattrapage du gouvernement du Québec, qui ne sera dévoilé que le lendemain. Dans ce contexte, les inquiétudes sont vives, à l’approche d’une rentrée scolaire perturbée par les mouvements de grève des dernières semaines. 

« Ce qui est dur, c’est de ne pas savoir, d’être dans le néant », lance Chantal Beauchemin, qui enseigne au primaire à Montréal. 

Dans la métropole comme dans plusieurs autres régions du Québec, les élèves retourneront en classe mardi prochain. Les enseignants seront pour leur part de retour dans leur école la veille afin d’organiser leurs cours en fonction des conséquences qu’ont eues les grèves dans le secteur de l’éducation sur leurs élèves. Les répercussions de ces moyens de pression seront particulièrement notables chez les élèves dont les enseignants sont membres de la Fédération autonome de l’enseignement, dont la grève générale illimitée a duré 22 jours. Les enseignants membres du Front commun intersyndical, eux, ont tenu 11 jours de grève non consécutifs pendant les mois de novembre et de décembre 2023. 

Afin de planifier le rattrapage scolaire des élèves de la province, le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, a rencontré les différents syndicats concernés de même que des comités de parents et des directions d’école. Les enseignants du Québec n’apprendront toutefois que le jour même du retour en classe des élèves — le 9 janvier — les détails de ce plan de rattrapage. Or, celui-ci pourrait, entre autres, modifier le calendrier scolaire en retirant certaines journées pédagogiques, tandis que le gouvernement pourrait décider de revoir la date de remise des bulletins afin de s’adapter aux effets de cette grève dans la fonction publique. Par ailleurs, les nouvelles dates pour les examens ministériels sont connues (lire l’article ci-dessus)

« Pour moi, planifier le restant de l’année en fonction de ce que le calendrier est en ce moment ou d’une version modifiée, ça change tout », relève Mme Beauchemin, qui déplore que le dévoilement tardif du plan de rattrapage vienne compliquer l’organisation des cours par les enseignants lundi prochain. « Je pense que tout le monde aurait au moins vouluavoir des nouvelles de ce plan lundi [8 janvier] pour pouvoir planifier ce rattrapage en classe », indique également Annie-Sara Lemieux-McClure, qui enseigne depuis 15 ans au primaire à Montréal. « Mais bon, on est habitués à faire des miracles avec pas grand-chose en éducation », poursuit l’enseignante, qui dénonce le fait que les enseignants devront s’adapter « en temps réel » lorsque le plan sera dévoilé. 

« C’est un signe qu’il y a encore beaucoup de fils qui ne sont pas attachés » en prévision du retour en classe des élèves, lance pour sa part Patricia Clermont, qui est porte-parole du mouvement Je protège mon école publique. Elle doute notamment que les ressources nécessaires pour épauler les élèves en difficulté, comme des orthopédagogues, puissent être déployées rapidement et en nombre suffisant dans les écoles de la province la semaine prochaine. « Je suis très perplexe et inquiète. »

Des questions sans réponse

« On entrevoit une rentrée difficile », relève également la présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, Kathleen Legault. Elle s’attend à ce que « le moral » des enseignants soit plombé par ce retour en classe un peu chaotique. « Notre deuxième préoccupation, ça va être le bien-être des jeunes », poursuit Mme Legault. Elle espère ainsi que le gouvernement misera sur une augmentation du nombre d’« aides à la classe » pour compenser les contrecoups de la grève sur la formation des élèves plutôt que de couper des journées pédagogiques ou d’« empiéter » sur l’été. 

« Quand on commence à jouer dans le calendrier, ça a des impacts endehors du réseau scolaire », rappelle le porte-parole du Regroupement des comités de parents autonomes du Québec, Sylvain Martel, qui souhaite lui aussi que les journées pédagogiques ainsi que la semaine de relâche ne soient pas retranchées cette année. Leur suppression pourrait se répercuter sur la tenue d’activités sportives et communautaires dans lesquelles sont impliqués de nombreux jeunes, fait-il valoir. « Et en même temps, il ne faudrait pas faire payer aux enfants ce que les adultes ont fait », poursuit-il. 

Or, actuellement, « je ne vois pas comment on pourrait rattraper un mois complet d’école sans que ça ait un impact » sur l’apprentissage des élèves, appréhende Kiléka Coulibaly, qui est présidente du comité de parents du Centre de services scolaire de Montréal. 

Manque de ressources

Les enseignants pourront néanmoins s’inspirer de la situation pandémique, qui les a forcés en mars 2020 à s’adapter rapidement au contexte sanitaire, qui avait alors commandé la fermeture temporaire des écoles. « On va aller dans les savoirs essentiels, comme on a fait pendant la pandémie », entrevoit ainsi Catherine Baril, une enseignante montréalaise. « C’est certain que pour les enfants en difficulté, le rythme va les déranger, parce qu’on va vouloir rattraper tout ça », ajoute-t-elle, en référence au temps d’apprentissage perdu en raison de la grève tenue l’an dernier.  

Chantal Beauchemin note l’importance que le plan de rattrapage du gouvernement prévoie l’ajout d’employés spécialisés qui viendront épauler les enseignants en classe. « Mais encore faut-il les trouver », soupire-t-elle. Kathleen Legault craint pour sa part que la grève de 2023 ait pour effet d’exacerber la pénurie d’enseignants en en incitant à quitter le domaine. « Ça a été la goutte de trop pour certains. » 

Plusieurs enseignants attendent en parallèle avec impatience de pouvoir consulter les ententes convenues par leur syndicat avec le gouvernement du Québec. Ce seront d’ailleurs eux qui auront le dernier mot afin de décider si ces ententes méritent de définir le contenu des prochaines conventions collectives des enseignants québécois. 

« Ce serait vraiment décevant que l’entente soit en deçà de nos attentes et qu’on retourne en moyens de pression. Ce serait décevant pour nous et pour la population », relève l’enseignante Annie-Sara Lemieux-McClure. 

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