Sonia LeBel, la mauvaise cible des critiques

Dans le mauvais théâtre que présente trop souvent la politique, exiger la démission d’un ministre constitue une sorte de figure imposée pour l’opposition, même si elle sait parfaitement que c’est un coup d’épée dans l’eau. La députée libérale de Saint-Laurent, Marwah Rizqy, par ailleurs excellente parlementaire, en a fait une spécialité.

En novembre 2019, elle avait réclamé le départ du ministre de l’Immigration de l’époque, Simon Jolin-Barrette, auquel elle reprochait d’avoir manqué de sensibilité dans sa réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui avait tourné au fiasco. Son chef, Pierre Arcand, qui assurait l’intérim depuis le départ de Philippe Couillard, avait été le premier surpris de cette sortie, l’immigration n’étant pas un dossier dont Mme Rizqy était responsable. Elle-même a reconnu par la suite avoir manqué d’expérience en laissant ainsi parler son coeur.

En 2021, elle a réclamé deux fois plutôt qu’une la démission du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Il est vrai que ses collègues du PQ et de QS, Véronique Hivon et Christine Labrie, demandaient aussi la tête de M. Roberge, lui reprochant sa mauvaise gestion de la pandémie dans les écoles.

S’il était toujours en poste malgré un bilan aussi désastreux, c’est parce qu’il était un protégé du premier ministre Legault et qu’il faisait partie du boys club, soutenait alors Mme Rizqy. « Si ce n’était pas Jean-François Roberge, mais plutôt Marie-France Roberge, il n’aurait plus occupé ses fonctions. »

Dans une entrevue accordée à La Presse en septembre dernier, elle disait s’être assagie depuis. Avec le temps, elle avait compris que « la pire façon d’obtenir la démission d’un ministre, c’est de la demander ». On peut en effet se demander si le ministre de la Cybersécurité et du Numérique, Éric Caire, serait encore en poste si on n’avait pas pressé M. Legault de s’en débarrasser.

Chassez le naturel et il revient au galop. Cette semaine, Mme Rizqy s’est bien gardée d’exiger formellement celle de la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, mais c’est tout comme. « Elle n’est plus la femme de la situation » pour négocier avec les syndicats qui représentent les 600 000 employés de l’État, a-t-elle déclaré.

Lors de la dernière série de négociations, Mme LeBel avait pourtant réussi à conclure des ententes avec tous ceux qui sont aujourd’hui sur un pied de guerre. Il serait pour le moins étonnant qu’elle ait soudainement perdu tous ses moyens. De toute manière, par qui la remplacer ? On ne peut tout de même pas renvoyer Christian Dubé au Trésor !

Cette fois, Mme Rizqy a visé la mauvaise cible. Simon Jolin-Barrette et Jean-François Roberge avaient sans doute erré, mais ce n’est pas la faute de Mme LeBel si le gouvernement a choisi de renoncer à des milliards de revenus en baissant les impôts et en distribuant des chèques à tout vent.

Même si sa rencontre de mercredi avec les dirigeants du Front commun devait permettre un certain élagage des demandes de part et d’autre, c’est beaucoup lui demander de convaincre les syndicats de renoncer à ce qu’ils considèrent pratiquement comme des droits ancestraux, notamment les avantages de la sacro-sainte ancienneté, pour obtenir plus de « flexibilité » dans l’organisation du travail, si elle n’a rien de substantiel à leur offrir en retour.

Par la force des choses, la présidente du Conseil du trésor est devenue responsable de la réussite ou de l’échec des réformes en santé et en éducation, qui pèseront lourd dans le bilan que la CAQ présentera aux électeurs à l’automne 2026. Mme LeBel doit non seulement empêcher que les services publics soient perturbés trop longtemps, mais aussi les rendre plus efficaces sans provoquer un mécontentement qui inciterait plus d’employés de l’État à quitter leur emploi et ainsi aggraver les difficultés de recrutement.

Elle souhaiterait sûrement que ses collègues, à défaut de l’aider, cessent au moins de lui nuire. Au printemps dernier, les enseignants avaient été insultés par les propos du ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, qui avait laissé entendre que leur travail était moins important que celui des députés, qui, eux, avaient eu droit à une augmentation de 30 %.

Cette semaine, les syndicats qui représentent les travailleurs de la santé ont accusé Christian Dubé de créer une « zone de turbulence » en déposant une série d’amendements au projet de loi 15 qui réaménageront les diverses catégories d’emplois afin de favoriser un traitement salarial différencié.

Après sa malheureuse décision de verser jusqu’à sept millions de dollars aux Kings de Los Angeles pour venir jouer deux matchs préparatoires à Québec, le ministre des Finances, Eric Girard, a eu la bonne idée de ne pas retourner le fer dans la plaie et d’annuler son voyage à New York, où il comptait rencontrer le commissaire de la LNH, Gary Bettman.

D’ici la fin des négociations, tout ce qui pourrait être perçu comme de la provocation est à proscrire impérativement.

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