Test : Jujutsu Kaisen Cursed Clash est un véritable fléau

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Le jeune Yuji Itadori est presque un lycéen ordinaire si vous ignorez ses cheveux naturellement roses et ses performances physiques invraisemblables. Bâti comme un armoire normande, capable de sauter plusieurs étages d’un bond, notre gaillard est aussi balèze qu’arrangeant envers son prochain. Une crème. Mais son petit monde est chamboulé quand les esprits malins s’immiscent dans son quotidien : Yuji avale une relique maudite pour sauver ses camarades, se voit possédé par un esprit millénaire sociopathe, et rejoint de force un lycée pour exorcistes. Jusqu’ici, la recette shōnen classique est respectée. Mais Jujutsu Kaisen a vite tiré son épingle du jeu en proposant des combats aussi tactiques que dynamiques, s’inspirant majoritairement de Bleach pour l’ambiance (ça se voit dans le charisme latent de chaque personnage) et Hunter X Hunter pour l’aspect cérébral-pavés-d’explications. Des paragraphes sur l’ésotérisme bouddhique côtoient des duels à mort entre exorcistes et fléaux où les protagonistes ont tôt fait de se retrouver écorchés jusqu’à l’os. Le potentiel pour un jeu de bagarre est bien là.

À deux doigts d’être correct

Jujutsu Kaisen Cursed Clash prend la forme d’un arena fighter en 2v2. Un peu comme dans Dissidia : Final Fantasy, frapper son adversaire n’inflige pas de dégâts, mais remplit plutôt notre jauge d’énergie maudite – équivalent du mana – et augmente sa capacité maximale jusqu’à un certain cap (défini selon les personnages). Cette jauge sert à lancer des attaques spéciales qui, elles, vont faire très mal. Chaque combattant possède deux sortilèges dont l’efficacité et le coût dépendent du niveau de notre jauge. L’idée est de commencer petit avant de lancer des techniques spéciales de plus en plus destructrices au fil du combat.

Un format plutôt original qui permet à Byking d’exploiter les aptitudes extrêmement différentes des combattants, comme JoJo’s Bizarre Adventure Eyes of Heaven avant lui. Par exemple, Todo la montagne de muscles possède le sort inné Boogie Woogie ; rien à voir avec la prière du soir, cette technique échange la position de deux objets ou personnes en claquant des mains. Idéal pour semer la zizanie dans la mêlée. Sur le papier, les mécaniques et le format 2v2 ouvrent donc la porte aux stratégies innovantes.

Les compliments s’arrêteront ici. S’il est rafraîchissant d’avoir un casting réellement diversifié, les sensations sont tellement médiocres que le dur travail conceptuel de Byking se prend direct un râteau. My Hero One’s Justice avait déjà un rapport compliqué avec la pesanteur, mais Jujutsu Kaisen Cursed Clash opte pour la simulation de natation en milieu spatial. Chaque action, chaque mouvement, chaque frappe est désespérément englué(e) dans la mélasse. Tout échange de coups finit inéluctablement par prendre la voie des airs avec des combos aériens interminables. Cela tranche radicalement avec les duels martiaux très vifs qui ont fait la renommée de la saga. Le rythme s’en retrouve sérieusement estropié puisque nos personnages mettent un temps monstre à se relever quand ils sont envoyés au tapis. Sans compter les dégâts des sortilèges qui oscillent entre le pet humide et la bombe nucléaire sur nourrisson.

Une interface pas trop chargée.
Une interface pas trop chargée.

Pas possible de se rattraper sur la coopération vu le potentiel très limité des systèmes. Frapper le même adversaire (ou aider un camarade en détresse) génère un petit bonus d’énergie maudite ; on peut également se concerter pour lancer une “attaque combinée” imparable, utilisable une fois par match. Dans les faits, les mêlées à quatre deviennent rapidement illisibles. À cause de la caméra, partiellement, mais aussi du moteur physique suscité qui, déjà pénible en 1v1, s’avère calamiteux dans les confrontations plus intenses.

Bandai Namco passion diapos

Passons rapidement sur l’aspect visuel rétrograde qui goûte bon le début de carrière de la PS4. Malgré des efforts certains pour reproduire le style visuel de la série animée, remarquablement travaillé par le studio MAPPA, la mollesse générale se fait trop ressentir dans les impacts. C’est comme mettre des paillettes sur une voie de vélo, c’est mignon mais ça n’en fait pas la Route Arc-en-Ciel. La fadeur généralisée frappe durement les attaques ultimes des personnages qui font peine à voir face à la concurrence (CyberConnect2 restant maître absolu de la mise en scène). Les arènes proposent un système de destruction élémentaire mais leur nombre limité flanque une sale déprime.

La redondance permanente des terrains de jeu se fait particulièrement sentir dans le mode Histoire, où les trois mêmes arènes reviennent en boucle (avec de rares à-côtés pour souffler), entrecoupées par de misérables diapositives flinguant complètement la narration d’origine. Par exemple, le duel intérieur entre Yuji et Sukuna (l’esprit malin qui l’habite) ne se produit pas dans un espace mental constellé d’ossements, mais dans le même entrepôt pourri que les combats précédents. Bref, on passe toutes les “cinématiques” – je suis gentil – et on massacre machinalement ce qui nous tombe sous la main. La bande-son s’en tire plus décemment en pastichant l’ambiance sonore de l’anime ; c’est évidemment décevant de ne pas entendre les compositions électrico-éclectiques de Hiroaki Tsutsumi et Alisa Okehazama, mais cette tare est si répandue parmi les adaptations de mangas que l’on n’en tiendra pas spécifiquement rigueur à Jujutsu Kaisen Cursed Clash (tirer sur l’ambulance n’étant pas un sport socialement acceptable…).

Rien ne sert de vous tourner vers les modes locaux ou en ligne car leur pauvreté abjecte n’a d’égale que l’instabilité des serveurs. Trouver des petits camarades relève du sacerdoce, terminer une partie sans hics tient quasiment du miracle.Du reste, pas de multijoueur local de quelque sorte que ce soit. Une petite hérésie pour un produit qui ne pouvait encore trouver de salut que par les soirées endiablées bercées par une bière de trop. Terminons le tour d’horizon par une salve de critiques subsidiaires : le menu de sélection des personnages sous forme de tableau Excel, des baisses de framerate inexplicables sur PS5, des manquements inexplicables au casting (Mechamaru où es-tu ?) et des sous-titres souvent absents. Un bon point pour la route : Jujutsu Kaisen Cursed Clash propose une bonne quantité de costumes bonus à débloquer en jouant. C’est toujours ça de pris !

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