Test : Prince of Persia : The Lost Crown ou le renouveau de la PoP culture

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Si l’on fait comme si Beyond Good & Evil 2 n’existait pas et ne servait pas d’éternelle toile de fond, le studio montpelliérain d’Ubisoft navigue bien sa barque. Appelé en renfort sur la quasi-totalité des grosses productions de l’éditeur français depuis plus de six ans, ce dernier trouve toujours malgré tout le temps et l’énergie pour ses plus petits projets comme Soldats Inconnus : Frères d’Armes sorti début 2023. Pouvoir travailler sur Prince of Persia était l’occasion pour le studio (en plus d’avoir une belle licence entre les mains) de renouer avec le jeu de plateformes plus dynamique, qui reste tout de même le cœur de leur savoir-faire, comme le prouve leur triptyque Rayman Origins, Legends et Adventures (même si le dernier fait débat). Si Jordan Mechner n’a pas participé au développement, il a néanmoins précisé avoir été en contact avec le studio, n’hésitant pas à qualifier The Lost Crown du “jeu Prince of Persia dont je rêvais”.

Lettres Persanes

Il faut dire que ce nouvel opus n’a jamais autant puisé dans la culture persane, avec en premier lieu un jeu entièrement doublé en farsi, langue que l’on vous recommande chaudement. Les Immortels, troupe d’élite dont fait partie Sargon, au service de la reine Thomyris ayant pris le trône à la suite de la mort du roi Darius, sont autant d’occasions d’utiliser des entités et figures historiques emblématiques de la Perse. Ubisoft Montpellier pioche beaucoup dans la mythologie persane avec des créatures comme la Manticore ou la divinité qu’est Simorgh, occupant une place prépondérante dans l’intrigue du jeu. Certaines parties du Mont Qaf seront aussi l’occasion de présenter des fresques et des architectures typiques de l’art persan. Bref, on a vachement plus l’impression d’une histoire se déroulant en Perse dans The Lost Crown que dans n’importe quel jeu de la trilogie des Sables du Temps.

Nous incarnons donc Sargon (à prononcer Sarguaune), membre des Immortels chargé de retrouver le jeune prince kidnappé et emmené au Mont Qaf. Arrivée sur place, la troupe d’élite découvre une ville figée dans le temps suite à l’emprisonnement du Simorgh, envahie par des monstres et autres créatures hostiles. Pour espérer sauver le prince et la Perse tout entière, Sargon va devoir faire face à ses anciens compagnons en plus de tout le reste. On se demande encore, plus d’un mois après sa diffusion, pourquoi Ubisoft a décidé d’en dévoiler autant sur l’intrigue du jeu dans son story trailer. Pour des raisons évidentes, nous vous invitons à fuir cette bande-annonce comme la peste et nous resterons volontairement vagues.

Combattre nos compagnons reste malgré tout une évidence, surtout quand on voit le travail de mise en place d’Ubisoft Montpellier pour nous les présenter et donner un côté familial fort, pour mieux le briser derrière et donner un enjeu émotionnel un peu plus prononcé à chaque combat. Si l’intrigue se suffit à elle-même pour nous motiver à progresser, on sent tout de même qu’Ubisoft Montpellier n’a pas voulu prendre trop de risques avec l’exercice complexe d’utilisation des paradoxes temporels ou même de différentes périodes, faisant le choix d’une histoire bien plus simple et facile à maîtriser, dont les quelques plot twists vont malheureusement manquer d’impact, la faute aussi à un Sargon qui n’est presque pas le personnage principal de toute cette épopée. Ce n’est pas pour son honnête scénario que l’on se souviendra de The Lost Crown.

Pour le Mechner et pour l’empire

Dès sa première apparition lors du Ubisoft Forward en juin 2023, on pouvait déjà aisément deviner que le jeu ne ferait pas l’unanimité visuellement parlant. Bien loin de la direction artistique tranchée et polémique du Prince of Persia de 2008, The Lost Crown a fait le choix d’une DA plus conventionnelle, rendant par la même occasion hommage au style dominant des années 2000, justement. Le résultat est un chara design et des modèles 3D qui rappelleront les plus belles heures des jeux d’action génériques de la Xbox 360. C’est d’autant plus dommage que le bestiaire est très varié, certains boss assez impressionnants et si le style permet une grande visibilité en combat, il faut aussi reconnaître qu’il est assez pauvre visuellement sur Sargon, ses alliés et ses ennemis.

Un choix artistique d’autant plus surprenant que les quelques cinématiques sont sublimes et dans un style bien plus original, tout comme les efforts de mise en scène pour l’entrée d’un boss ou lors des contre-attaques offrent des petits effets proches des comics et qui tranchent totalement avec le reste. Ajoutons à cela que les décors fourmillent de bonnes idées, sont d’une grande diversité avec des biomes bien distincts et même d’excellentes surprises en matière d’ambiance comme la mer ou la tour du silence. Couplé à un level design riche entre des zones extrêmement larges et des couloirs tortueux remplis de pièges et de pieux comme on peut en attendre de n’importe quel Prince of Persia, on a malgré tout face à nous un jeu qui est très agréable à explorer et invite facilement au 100 % (sur lequel nous reviendrons plus loin). Il y a un véritable bras de fer qui s’opère dans l’appréciation visuelle globale du jeu entre ses efforts de mise en scène et ses décors d’un côté et un chara design qui peine très souvent à convaincre. Faire autant d’efforts pour retranscrire beaucoup de pans de la culture persane sans le répercuter sur l’aspect visuel du jeu peut être considéré comme un gros manque.

D’un point de vue purement technique, rien de bien notable à signaler de notre côté. Si le début du jeu nous a fait peur avec des petites chutes de framerate, qui peuvent vite devenir problématiques lors des combats, ces dernières s’avèrent au final rarissimes et les transitions d’un écran à l’autre restent fluides. Par ses choix artistiques, The Lost Crown n’est pas un jeu gourmand et ça se ressent rien que dans la gestion de la lumière qui semble loin des standarts actuels. Côté musique, Ubisoft Montpellier s’est offert un Power Duo de choc pour la bande originale de son titre, composé de l’Anglais Gareth Coker et de l’Iranienne Mentrix. Une rencontre entre musique symphonique et orientale qui coexistent parfaitement sans jamais marcher sur les platebandes de l’autre. Plus qu’un mélange des genres, nous sommes ici face à une cohabitation respectueuse et si des ponts peuvent régulièrement être entendus pendant le jeu, la globalité de cette bande son parvient en même temps à garder ses deux univers bien distincts. Le générique de fin montre d’ailleurs deux ensembles de musiciens distincts pour chaque compositeur.

Le point Switch de MotorMike

PoP : The Lost Crown ne “Vahram” pas sur Switch. Testé sur un modèle première génération, le jeu n’a pas à rougir dans sa mouture Switch. Bien entendu, il faut composer avec le 720p en mode portable, là où la position dockée passe naturellement en 1080p. Mais l’essentiel est là : les équipes d’Ubisoft ont réussi à optimiser le tout pour garder une 60fps qui rend l’expérience de jeu fluide et prenante. En discutant avec Kelma, on a constaté les mêmes petits ralentissements entre différents biomes en début de partie ou aux lancements de certaines cinématiques, mais rien de préjudiciable, d’autant que le patch de lancement est censé ne même pas vous faire ressentir tout cela.
Du reste, la prise en main est bonne en nomade comme en docké avec la manette Pro. À titre plus personnel, je reste plus tempéré sur la direction artistique – qui rappelle un peu trop les assets de la trilogie des Sables du Temps – et le character design “urbain” assez passe-partout. C’était peut-être le prix à payer pour apporter une touche de modernité. Quoi qu’il en soit, je me dis que l’Ubi Art Framework aurait tellement pu coller à la série avec son côté peinture animée qui avait donné un second souffle à Rayman il y a déjà plus de dix ans de ça.

Sargon with the wind

Bien plus qu’un Metroid ou un Castlevania, c’est davantage du côté de jeux du genre plus modernes tels que les deux Ori ou l’incontournable Hollow Knight que ce Prince of Persia trouve ses inspirations. Certaines affiliations au jeu de Team Cherry sont évidentes comme le système de pendentifs qui vont apporter des bonus divers et variés, ou cette petite fille cachée dans chaque zone du jeu que l’on peut retrouver grâce à son chant et qui nous vendra une carte des environs. La palette de déplacements étoffée de Sargon, très fluide et complexe, rappelle celle des jeux de Moon Studios. Les défis optionnels des pièces à récupérer et ramener au début de l’écran feront quant à eux penser aux fraises de Celeste. L’amélioration de l’équipement proposera quant à lui un système très simple avec des cristaux récupérables sur les ennemis et dans le décor pour magnifier épées, arc et pendentifs. Prince of Persia : The Lost Crown ne réinvente pas grand-chose, mais la somme de toutes ses influences amène à la création d’un mélange bien dosé rendant l’expérience on ne peut plus agréable.

Cet équilibre passe énormément par une gestion de la difficulté bien maîtrisée. Si le jeu propose cinq niveaux de difficultés, des aides pour les phases de plateformes ou pour savoir où se rendre pour continuer l’aventure, l’expérience normale (c’est à dire en mode exploration, difficulté héros et sans aide aux puzzles) est très satisfaisante. Il y a une certaine exigence dans les combats, avec des ennemis qui frappent forts, des parades qui ne pardonnent pas si on loupe le timing et des boss avec un éventail d’attaques aussi varié qu’impitoyable. Passé la première et ses ennemis statiques, ces derniers vont commencer à parer ou esquiver nos coups, rendant chaque combat, même les plus anodins, dynamiques et nerveux. Les parades réussies et leur animation d’exécution ou celle lorsqu’on lance une attaque spéciale (appelée éclat d’Athra) nous font exulter, tout comme le fait de réussir à battre un boss ardu après plusieurs essais. Pas furieusement difficile, The Lost Crown offre malgré tout un challenge plus qu’honnête.

Une vraie réussite quand il s’agit de parler bagarre, on notera tout de même deux faiblesses à l’ensemble. Les combats aériens ne sont pas aussi agréables que ceux contre des ennemis au sol. On passe souvent son temps à sauter pour essayer de leur mettre quelques malheureux coups d’épée et l’arc devient un outil primordial, mais dont la lenteur à tuer les ennemis volants plus résistants va venir casser le rythme. C’est d’autant plus dommage qu’il faut attendre très longtemps dans la progression de l’histoire pour avoir un moyen facile de s’approcher des ennemis aériens. L’autre problème partagé par Mike et votre serviteur, c’est que l’on a vite fait le tour des éclats d’Athra et après avoir essayé chaque nouvelle attaque spéciale débloquée, il s’avère que les premières du jeu que l’on débloque reste encore la combinaison la plus passe partout, offrant des options offensives et défensives à la fois, avec un coût d’énergie raisonnable, puisque pour utiliser ces attaques, il va falloir taper des ennemis ou parer des coups pour remplir notre réserve.

Pièges en haute Perse

Avec 15 heures au compteur pour finir l’histoire et 75% de complétion à ce moment-là, on estime à environ 22h la durée d’obtention du 100% que nous comptons faire dès que le patch day one aura réglé quelques soucis de soft lock. Si cette estimation donne un tel écart de temps, c’est que certains défis optionnels sont furieusement difficiles avec des puzzles jumps qui sans atteindre l’infernale difficiculté des Faces B de Celeste, nécessiteront une heure de tentative, de recherche de la marche à suivre pour esquiver les pièges et de morts en boucle. D’autres points d’intérêts vont tout simplement nous demander de nous creuser les méninges sans aucune indication de ce que l’on doit faire. Comme nous le disions plus haut en parlant de la direction artistique, The Lost Crown est un vrai plaisir d’exploration qui invite à la complétion totale.

Au-delà des différents biomes, le level design est très riche, avec des tonnes de salles optionnelles, les incontournables murs invisibles, et des quêtes secondaires ayant chacune un axe bien défini (une centrée sur des combats d’ennemis élites, une autre qui apporte un petit plus scénaristique ou sur des énigmes très cryptiques). C’est à ce moment-là que la fonctionnalité dont Ubisoft est très fière et sur laquelle l’éditeur a déjà beaucoup communiqué entre en jeu. Dans The Lost Crown, il est possible de faire des photos en jeu d’un endroit, qui sera annoté sur la carte. Peu convaincu par cette fonctionnalité dans les premières heures de jeu, il s’avère au final difficile de s’en passer une fois qu’on y a pris goût. Que ça soit pour se souvenir d’un point d’intérêt ou tout simplement de pourquoi on ne peut pas encore passer par là, ça devient vite un confort très appréciable.

D’autant plus qu’en contrepartie, The Lost Crown ne nous offrira aucune aide pour la complétion. On a bien un pendentif qui détecte les coffres, mais le reste des objets bonus doivent être trouvé seul. Un jeu Ubisoft ne serait malgré tout pas un jeu Ubisoft sans sa monétisation étrange et les possesseurs de l’édition collector auront droit à un pendentif avec un oiseau indiquant murs invisibles, coffres et autres objets optionnels de façon un peu plus précise, sans pour autant totalement nous prendre par la main. On a en tout cas une seule hâte, d’avoir ce patch day one qui nous permettra de conclure cette belle aventure.

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