Tout comprendre aux tensions entre le Venezuela et le Guyana (et le Royaume-Uni)

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Voilà des mois que le Venezuela et son voisin du Guyana s’écharpent à propos de l’Essequibo, un territoire riche en ressources naturelles, avec le Royaume-Uni comme troisième acteur. Pourquoi de telles tensions ? Et pourquoi Caracas masse-t-elle des troupes à la frontière ? On vous explique tout par ici.

C’est quoi, l’Essequibo ?

L’Essequibo, territoire de 160.000 km 2 riche en pétrole et en ressources naturelles, est administré par Georgetown – le Guyana donc – mais est revendiqué par le Venezuela.

Caracas soutient en effet que c’est le fleuve Essequibo qui doit être la frontière naturelle entre les deux pays, comme en 1777 à l’époque de l’empire espagnol. De son côté, le Guyana argue que la frontière en vigueur aujourd’hui, datant de l’époque coloniale anglaise et plus à l’ouest, a été entérinée en 1899 par une cour d’arbitrage à Paris.

Environ 125.000 personnes, soit un cinquième de la population du Guyana, vivent dans l’Essequibo, qui couvre les deux tiers de la superficie du pays.

D’où viennent les tensions actuelles ?

La crise est notamment arrivée après le lancement, en septembre dernier, d’appels d’offres pétroliers effectués par le Guyana, alors que de nouveaux gisements ont été découverts dans la région. Puis début décembre, les électeurs du Venezuela ont été appelés à se prononcer sur une hypothétique intégration à leur pays de l’Essequibo, lors d’un référendum consultatif organisé par Caracas. Le vote s’est conclu par une victoire du oui à plus de 95 %.

Les présidents guyanien Irfaan Ali et vénézuélien Nicolas Maduro se sont ensuite rencontrés le 14 décembre lors d’un sommet qui a contribué à faire baisser la tension, avec l’engagement à ne pas utiliser la force. Mais les deux pays campent toujours sur leurs positions.

Pourquoi Caracas a envoyé des troupes à la frontière ?

Nicolas Maduro a lancé ce jeudi des exercices militaires à la frontière avec le Guyana. Une phase qui réunit quelque 5.682 militaires et des avions de chasse F-16 (américains) et Soukhoï (russes), selon le président vénézuélien. Il s’agit d’une « action conjointe de nature défensive, en réponse à la provocation et à la menace du Royaume-Uni contre la paix et la souveraineté de notre pays », a déclaré Nicolas Maduro.

Londres a en effet envoyé un navire de guerre, le HMS Trent, dans la région. D’habitude basé dans la Méditerranée, il avait été déployé début décembre dans les Caraïbes pour lutter contre les trafics de drogue.

Que vient faire le Royaume-Uni là-dedans ?

Le Guyana est une ancienne colonie de l’empire britannique, et reste à ce jour membre du Commonwealth. C’est dans ce cadre que Londres a justifié dimanche dernier l’envoi du navire : « Le HMS Trent va se rendre au Guyana, notre allié régional et partenaire dans le cadre du Commonwealth (…) pour une série d’engagements dans la région », a indiqué le ministère britannique de la Défense. Le navire doit arriver ce vendredi.

Et le déploiement de troupes vénézuéliennes à la frontière n’est pas du goût du Royaume-Uni : « Les actions entreprises par le Venezuela contre le Guyana sont injustifiées et devraient cesser » a ainsi déclaré un porte-parole du gouvernement britannique la nuit dernière.

Que dit Georgetown ?

« Nous n’avons aucun plan pour prendre des mesures offensives contre le Venezuela (…) Nous n’avons pas l’intention d’envahir le Venezuela. Le président Maduro le sait et ne doit pas s’inquiéter », a indiqué le vice-président guyanien, Bharrat Jagdeo. Et de préciser que l’arrivée du patrouilleur britannique entre dans le cadre « d’exercices de routine planifiés depuis longtemps ».

Mais Maduro ne décolère pas. Sa réaction ? « La menace de l’ex-empire décadent et pourri du Royaume-Uni est inacceptable ».

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