Trois questions auxquelles les caucus républicains de l’Iowa se préparent à répondre

C’est un coup d’envoi. Lundi soir, les électeurs républicains de l’Iowa sont invités à choisir leur candidat en vue de la prochaine présidentielle américaine, et ce dans le cadre des caucus qui lancent officiellement la saison électorale 2024 aux États-Unis. Un premier temps bien plus symbolique que crucial, mais qui malgré tout augure des réponses à d’importantes questions pour la suite de la course à la Maison-Blanche.

Donald Trump va-t-il confirmer son emprise sur le Parti républicain ?

Après avoir perdu la présidence des États-Unis au terme d’un seul mandat en 2020, après avoir livré une défaite au Sénat  et une avance famélique à son parti à la Chambre des représentants en 2022 et après avoir été mis en accusation 91 fois, dans quatre affaires distinctes, par la justice américaine, Donald Trump déjoue encore et toujours les prévisions, et les sanctions morales, en demeurant le choix numéro 1 des républicains au commencement de cette course.

Le dernier coup de sonde mené entre le 11 et 13 janvier dans cet État du Midwest par le Emerson College confirme cette domination en accordant 55 % des intentions de vote à l’ex-président, loin devant l’ex-ambassadrice des États-Unis à l’ONU Nikki Haley, qui suit à la deuxième place avec… 21 %. Une tendance exposée de manière systématique par les sondages des dernières semaines qui donnent une avance variant de 28 à 41 points pour Donald Trump. 

En atteignant les 50 % des suffrages exprimés ce soir dans les caucus, et même en le dépassant, le populiste viendrait donc concrétiser cette « victoire écrasante historique » qu’il annonce depuis des mois lors de ses passages en Iowa et célébrer ainsi l’appui indéfectible que lui portent les républicains  malgré la longue série de casseroles qui traînent derrière lui. Cela pourrait également ouvrir une route facile pour la populiste vers l’investiture républicaine de 2024. 

L’Iowa reste toutefois un terrain politique complexe sur lequel les sondages ont une emprise incertaine. En 2016, Donald Trump menait dans les intentions de vote lors de sa première tentative d’accéder à la présidence, mais après les caucus, il a dû céder la victoire à son proche rival de l’époque, Ted Cruz, sénateur du Texas. Non sans crier d’ailleurs à la fraude électorale, sans jamais en apporter la preuve. 

Par ailleurs, une victoire dans l’Iowa ne garantit pas forcément l’investiture du parti. Dans le camp démocrate, rappelons que c’est Pete Buttigieg qui a remporté cet État en 2020, année de l’élection de Joe Biden. Elle n’assure pas non plus un accès direct à la Maison-Blanche. En fait, depuis 1972, à peine trois candidats — Jimmy Carter, George W. Bush et Barack Obama — ont réussi à transformer leur première place lors des caucus de l’Iowa en victoire lors de la présidentielle neuf mois plus tard.

Cela va-t-il être le début ou la fin pour Nikki Haley et Ron DeSantis ? 

Ça passe ou ça casse pour l’ex-gouverneure de la Caroline du Sud et pour le gouverneur de la Floride, qui jouent gros ce soir en Iowa pour la deuxième place de ce scrutin. Après avoir chuté dans les dernières semaines en troisième position dans les sondages, DeSantis est finalement très loin de la victoire dans cet État qu’il se présidait en mai dernier lorsqu’il s’est lancé dans cette campagne électorale, en promettant d’être celui qui va tourner la page sur les années Trump. Le choix des caucus pourrait donc être fatal pour cette autre populiste qui, depuis son entrée dans la course, ne cesse de perdre ses appuis, sans vraiment réussir à créer un véritable mouvement autour de lui. 

La situation est différente pour Nikki Haley, qui a su profiter du déclin de DeSantis et même de se poser en possible alternative à une autre candidature de Donald Trump, que plusieurs républicains modérés envisagent comme un risque électoral élevé en raison des nombreuses « affaires » qui collent désormais à l’ex-vedette de la téléréalité. 

Si elle devait récolter plus de voix que les sondages lui en accordent ou encore inscrire sa deuxième place dans un écart moins grand qu’attendu face au meneur, Nikki Haley trouverait alors en Iowa une rampe de lancement pour la suite de sa campagne. D’autant qu’elle a également réduit la distance derrière Donald Trump au New Hampshire, prochaine étape de l’investiture républicaine, la semaine prochaine. 

L’ex-président américain semble d’ailleurs bien conscient de l’enjeu. Lundi matin, sur son réseau social Truth, il a d’ailleurs tiré à boulet rouge sur Nikki Haley, en continuant à la qualifier de « cervelle d’oiseau » et en prévenant ses fidèles que l’ex-ambassadrice « est rarement capable » de battre Joe Biden dans les sondages. Il a également accusé Fox News — le réseau de la droite américaine qui a contribué à son ascension politique en 2016 et qui a longuement fait la promotion de ses réalités alternatives — de « travailler dur » pour « donner une dernière chance » à Nikki Haley et Ron DeSantis, en faisant la promotion de « faux sondages ». 

Les électeurs vont-ils être au rendez-vous ?

En 2016, près de 187 000 électeurs sur les 615 000 républicains enregistrés en Iowa ont pris part aux caucus, soit un des taux de participation les plus élevés des dernières années. La tendance va-t-elle se maintenir en 2024 ? La soirée s’annonce enneigée et glaciale, avec un mercure devant chuter à — 20 °C à l’ouverture des 1657 zones électorales où les personnes doivent se rassembler pour enregistrer leur choix. 

C’est que contrairement aux primaires de plusieurs États, qui consistent à mettre un bulletin de vote dans une urne durant la journée du vote ou par anticipation, les caucus de l’Iowa exigent la présence physique de l’électeur à partir de 19 h dans un lieu donné pour que sa voix soit comptabilisée.

L’équipe de Donald Trump a d’ailleurs mis le paquet cette année pour « former » les électeurs à l’exercice particulier de ces caucus, et ce, pour éviter la déconvenue d’une défaite comme en 2016. 

Or, même si les conditions météorologiques risquent d’avoir un effet sur la participation électorale, il reste difficile d’affirmer avec certitude si ces conditions vont aider Donald Trump ou lui nuire.

Le froid ne devrait en effet pas arrêter ses fidèles les plus radicalisés, qui risquent de se rendre en grand nombre dans les lieux de rassemblement électoraux afin d’imposer leur candidat comme rempart aux politiques de Joe Biden qu’ils exècrent. Mais à l’inverse, ce même froid peut en dissuader plusieurs autres qui, sous l’effet de la constance des sondages plaçant leur candidat en tête avec une avance spectaculaire, pourraient choisir de rester dans le confort de leur salon pour assister devant leur télévision, au chaud, à une victoire écrite d’avance, selon eux. Et ainsi contribuer à la minimiser.

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