Un an plus tard, le Canada n’a toujours pas changé ses recommandations sur l’alcool

Santé Canada n’a toujours pas modifié ses limites recommandées de consommation d’alcool et refuse de dire s’il a l’intention de le faire, un an après la publication d’un rapport qui lui demande de les abaisser radicalement.

« La science évolue et les recommandations sur la consommation d’alcool doivent changer », peut-on lire dans le résumé d’un fracassant rapport du Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (CCDUS) qui fêtera son premier anniversaire mardi prochain.

L’étude publiée le 16 janvier 2023 modélise 16 recherches scientifiques pour conclure que même une faible consommation d’alcool augmente le risque de maladies, dont des cancers, mais aussi d’accidents ou de suicides, au-delà de seulement deux consommations par semaine. Par conséquent, « boire moins, c’est mieux ».

L’approche proposée par les nouveaux « repères » sur l’alcool marque une profonde rupture avec les recommandations existantes de Santé Canada, qui ciblent plutôt les grands buveurs et la consommation excessive d’alcool, en fonction du genre. Le ministère a commandé ce rapport au coût de 1,5 million de dollars expressément dans l’objectif de mettre à jour ses directives.

Pourtant, près d’un an plus tard, Santé Canada conseille encore officiellement sur son site Web aux amateurs de bières, vins et spiritueux les mêmes limites de consommation en vigueur depuis plus d’une décennie. Il est suggéré de ne pas dépasser deux verres d’alcool par jour pour les femmes (maximum de 10 / semaine) et trois pour les hommes (15 / semaine), à condition de ne pas boire certains jours. Une telle consommation se retrouve bien au-delà de la zone rouge définie par le CCDUS. 

Réflexion sur la communication

Les nouveaux « repères » sur l’alcool font sauter la différence entre les hommes et les femmes quant aux seuils de risque. Selon les calculs des auteurs, tous les consommateurs d’alcool se retrouvent dans l’ultime catégorie du « risque le plus élevé » pour la santé dès qu’ils dépassent les six verres par semaine. Un « risque faible » existe après l’ingurgitation d’un à deux verres standards par semaine. 

La nouvelle approche déconseille toute consommation d’alcool pour les femmes enceintes, point faisant également partie des directives antérieures.

Après la publication de son rapport, le CCDUS s’est vu octroyer un montant de deux millions de dollars supplémentaires pour conseiller le fédéral sur les façons de communiquer les risques et les méfaits de l’alcool. À mi-chemin de la fin du contrat, qui se termine en 2025, il n’a pas été possible de savoir s’il lui est conseillé de mettre à jour le site Web du gouvernement, où trônent toujours les anciennes directives.

Relancé par Le Devoir à six reprises entre juillet 2023 et janvier 2024, Santé Canada a été avare d’indices quant au sort réservé aux directives sur l’alcool affichées sur son site Web. 

« Soyez assuré que le Gouvernement du Canada avisera la population du Canada quand une décision à ce sujet sera prête à être annoncée », répond son service de relations avec les médias, dans un courriel.

L’institution justifie le délai par son besoin de « consulter les Canadiens et [ses] partenaires en santé », sans indiquer de date butoir ni d’autres précisions sur ces consultations qui n’ont jamais été annoncées et qui ne sont pas documentées sur son site Web.

Étude controversée

Le Devoir a rapporté l’an dernier que les travaux de certains auteurs de l’étude du CCDUS sont mis en vedette par le groupe militant pour l’abstinence Movendi International, autrefois connu sous le nom d’Ordre indépendant des bons templiers. Des chercheurs internationaux et québécois ont également remis en doute la méthodologie et la philosophie du rapport, alors que le CCDUS rétorque que ce sont plutôt ses critiques qui sont coupables de partialité sur la question.

L’industrie canadienne des boissons alcoolisées a d’ailleurs répliqué à la publication du CCDUS en commandant un sondage à la firme Abacus Data, qui concluait en juin 2023 que l’incohérence entre les normes officielles et les nouveaux « repères » crée de la confusion dans le public. Le site Web consacré aux nouveaux « repères » reste d’ailleurs muet sur le fait que Santé Canada n’a pas mis à jour les directives officielles du Canada, elles-mêmes nées d’une étude antérieure du CCDUS qui remonte à 2011.

Dans un courriel, le CCDUS se félicite au contraire que son message principal sur l’alcool a été appuyé par un éditorial du Journal de l’Association médicale canadienne, rédigé par deux médecins du Canada anglais. « Nous sommes à l’écoute des gouvernements provinciaux, des partenaires du secteur de la santé et des communautés pour connaître les besoins les plus importants », explique sa porte-parole, Wendy Schlachta. Le travail du centre consiste maintenant à organiser « des tables rondes avec ces partenaires des quatre coins du pays » pour adapter la communication sur les risques de l’alcool.

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