Un horizon limité pour Éric Duhaime

Lors de son passage à l’émission Tout peut arriver de Marie-Louise Arsenault, diffusée sur les ondes d’ICI Radio-Canada le 26 novembre dernier, Éric Duhaime nous a offert un bien triste spectacle, exposant ainsi les faiblesses de sa personnalité et des valeurs qu’il incarne. Un échange vain, confiné dans un cercle de disputes puériles, qui, malgré l’illusion de débat créée, n’en était certainement pas un. Car véritablement débattre exige de transcender les postures politiques conçues pour séduire ou rassurer une base électorale, et il est manifeste que Duhaime a participé à cette entrevue avec l’intention d’en faire une démonstration ostentatoire. 

Mme Arsenault a pressé Éric Duhaime de répondre à l’énigme entourant le faible soutien qu’il a reçu lors du vote de confiance advenu une semaine plus tôt au congrès de sa formation politique. Le principal intéressé s’est abstenu de toute explication. Sans me faire le porte-parole de celles et ceux qui l’ont défié, j’exposerai ma propre raison qui, toutefois, résonne en écho avec maints nationalistes ayant rallié les rangs du Parti conservateur du Québec (PCQ) en novembre 2021, mais qui ont tous déserté depuis.

Divergences stratégiques

Je suis familier avec Duhaime, ayant cheminé à ses côtés pendant plus de deux ans. Parmi les quelques points de désaccord ayant émaillé nos échanges : la supposée disparition du Parti québécois (PQ) et du Parti libéral du Québec (PLQ). J’ai toujours ardemment défendu la thèse d’une résurgence inattendue et vigoureuse des deux « vieux » partis, tandis que Duhaime prophétisait leur extinction imminente. 

Éric Duhaime déteste avoir tort et il persiste, encore aujourd’hui, dans une stratégie visant à remplacer l’un de ces deux partis. Je ne peux que sourire devant cette profonde naïveté. Depuis mars 2022, j’ai moi-même anticipé le retour spectaculaire du PQ, et j’ose maintenant prédire, avec assurance, que le PLQ suivra un destin similaire, pour peu qu’un leader francophone, doté de charisme et d’un franc-parler, prenne les rênes de cette formation politique.

Revenons un instant sur la stratégie électorale orchestrée par Duhaime en 2022. Il me semble qu’elle s’apparentait d’une part à celle de Jean-Jacques Bertrand en 1970, et d’autre part à celle de Rodrigue Biron en 1976. Tout comme ses prédécesseurs, Éric Duhaime a sacrifié l’engagement envers la majorité historique francophone au profit d’une vision à court terme, focalisée sur les élections imminentes, dans l’optique de conquérir un siège ou deux à l’Assemblée nationale. 

Duhaime a recherché l’opportunisme et a tenté de rallier le vote des contestataires, indépendamment du sujet, tant que ces groupes partageaient un trait commun : une colère envers le gouvernement en place, le sentiment d’abandon par les autres formations politiques, ainsi qu’un mépris certain envers le « modèle québécois ».

Perspectives et possibilités

L’évolution à venir de la scène politique québécoise demeure sujette à bien des conjectures. Je ne prétends pas détenir le don de prophétie, mais j’envisage que la Coalition avenir Québec (CAQ) ne renouera pas avec les sommets électoraux atteints lors du dernier scrutin. La spectaculaire résurgence du PQ, qui sera probablement confirmée par d’autres sondages, semble promise à une certaine durabilité. Non curieusement, le PLQ, toujours en quête d’un chef, tire déjà profit de cette remontée péquiste. 

Pour ce qui est de Québec solidaire, un constat s’impose : le parti demeure toujours en quête d’expansion sur l’île de Montréal et se trouve face à l’ardue tâche de batailler sur deux fronts diamétralement opposés, oscillant entre la métropole et les régions.

Un choix s’impose donc à la CAQ : perdurer tel un parti nébuleusement fédéraliste, velléitaire dans son nationalisme, pragmatique et de tendance centre gauche, limitant ainsi le départ des anciens électeurs francophones libéraux qui n’attendent probablement que la venue d’un leader de qualité au PLQ pour rentrer, eux aussi, au bercail. Ou bien regagner ses origines, redevenir un parti centriste droit, appuyant sur l’identitaire tout en demeurant ouvert aux compromis, toujours pragmatique et accueillant en ses rangs des représentants de diverses opinions politiques. 

Or, c’est précisément cette niche que j’espérais voir investie par le PCQ. C’est dans cet esprit que fut forgé le programme adopté par les membres en novembre 2021. Il est regrettable que Duhaime n’ait pas persisté dans cette voie. La formule était pourtant claire, élaborée dès l’émergence de l’ADQ sous Mario Dumont au milieu des années 1990. D’ailleurs, c’est le tournant identitaire qui a permis à l’ADQ de s’épanouir hors des régions pour devenir le principal parti d’opposition en 2007. Cette même dimension identitaire a permis à la CAQ de séduire un large électorat et de prendre le pouvoir en octobre 2018.

Certes, le PCQ d’Éric Duhaime pourrait aspirer à élire quelques députés sur la rive sud de la région de Québec et en Beauce. Néanmoins, toutes les indications laissent présager un horizon limité, sans possibilité d’expansion et, assurément, aucune perspective de constituer l’une des trois oppositions principales. Le chemin emprunté par Duhaime semble le condamner à ne jamais faire mieux qu’une cinquième place : un parti marginal qui véhicule une philosophie politique étrangère aux idéologies fortes et dominantes. 

En fait, le dessein réel de Duhaime se résume simplement à obtenir la possibilité et la légitimité de se faire entendre en tant que chef d’un parti représenté à l’Assemblée nationale. Bien que sept autres années de manoeuvres politiques puissent potentiellement l’amener à réaliser cet objectif non avoué, cela ne profitera qu’à lui-même, révélant un besoin quelque peu puéril de se maintenir sur la scène médiatique québécoise.

Je demeure convaincu que l’essor du Québec et l’avancement d’une idéologie de centre droit ne sont pas actuellement bien servis avec Éric Duhaime à la barre du parti le plus à droite sur l’échiquier politique. Ayant eu l’occasion de bien le connaître, il m’apparaît évident qu’il lui est impossible, pour l’instant, de s’engager pour une cause dépassant sa propre existence. Or, cet élément devrait constituer un prérequis pour quiconque aspire à administrer notre État et à guider notre peuple vers les plus hautes destinées.

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