Un marathon de votes commence lundi sur l’entente du Front commun

Les 420 000 membres du Front commun intersyndical se pencheront dès lundi sur l’entente de principe convenue avec le gouvernement du Québec dans le cadre d’assemblées générales d’envergure qui s’étireront sur cinq semaines. Ils décideront alors s’ils approuvent ou non les conditions salariales et de travail qui seront inscrites dans leurs prochaines conventions collectives. 

Des assemblées pourraient se tenir jusqu’au 19 février, selon le syndicat, qu’il soit rattaché à la CSQ, à l’APTS, à la FTQ ou à la CSN. Les travailleurs auront alors l’occasion d’obtenir tous les détails de la proposition d’entente et de poser des questions à leurs représentants, avant de se prononcer.

Déjà, des informations clés ont été rendues publiques concernant le compromis convenu sur le plan salarial par les centrales syndicales et le gouvernement Legault.

L’entente de principe conclue le 28 décembre prévoit des augmentations d’au moins 17,4 % sur cinq ans. Plus précisément, on parle de 6 % de hausse à compter du 1er avril 2023, 2,8 % le 1er avril 2024, 2,6 % le 1er avril 2025, 2,5 % le 1er avril 2026, puis 3,5 % le 1er avril 2027, en plus d’une clause de protection contre l’inflation pour les trois dernières années de la convention collective. La hausse pour cette année serait donc de 8,8 %, si les membres approuvent cette entente, qui prévoit également des améliorations aux vacances et aux assurances collectives.

Ces votes se déroulent donc dans un contexte bien différent des négociations syndicales de 2021, lors desquelles « les grands renseignements sur les gains concernant les augmentations salariales, les régimes de retraite, les primes pour les employés spécialisés » n’avaient pas été rendus publics avant la tenue des assemblées générales des syndicats concernés, relève Marc Ranger, ex-directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). 

« Cette fois, ce grand aspect-là est connu. Donc, l’attention des membres va vraiment se tourner vers les compromis qui ont été convenus avec le gouvernement au sujet des conditions de travail », pour l’ancien syndicaliste. Ce dernier s’attend notamment à ce que la bonification des primes et des heures supplémentaire prévue à l’entente pour certaines catégories d’emplois dans le milieu de la santé soulèvent plusieurs questionnements pendant ces assemblées générales. « Il y aura beaucoup de questions des membres pour savoir comment ça marche, comment on peut avoir accès aux primes », entrevoit M. Ranger. 

« Ça va être des assemblées qui risquent d’être plus longues et porter sur des éléments plus pratico-pratique, surtout en santé », prédit l’ex-syndicaliste.

Les conditions de travail devraient aussi être au coeur des préoccupations des employés dans le milieu de l’éducation, qui devront notamment se pencher sur la proposition d’ajouter l’équivalent de 4000 aides à la classe à temps plein dans le réseau scolaire. « Sur le plan des conditions de travail, les derniers éléments qui sortent démontrent que dans le secteur scolaire, les aides à la classe, c’est un grand changement. C’est une lutte importante à la précarité parce que ces [aides enseignants] avaient des horaires brisés », à temps partiel, note l’ancienne présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Claudette Carbonneau.

Des attentes élevées

Du côté de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui compte 66 500 membres qui ne sont pas affiliés au Front commun, le début des votes sur l’entente convenue avec le gouvernement aura également lieu cette semaine. Les détails de cette proposition seront pour leur part rendus publics le 7 février lorsque l’ensemble des neuf syndicats affiliés à la FAE auront eu l’occasion de se prononcer sur celle-ci. Cette entente, qui concerne 40 % des enseignants du réseau scolaire public, devra d’ailleurs être approuvée par une majorité des neuf syndicats et de membres pour être considérée comme valide, a expliqué la fédération au Devoir dimanche.

L’ancien président de la Centrale des syndicats du Québec, Réjean Parent, note d’ailleurs que les attentes des membres de la FAE risquent d’être élevées quant à la façon dont cette entente va revoir la composition des classes dans les écoles de la province. « Il ne semble pas y avoir de solutions structurantes, donc il risque d’y avoir des discussions sérieuses sur comment l’entente va se matérialiser dans la classe », relève l’ancien syndicaliste. Ce dernier s’attend d’ailleurs à ce que les attentes des membres de la FAE, qui ont fait 22 jours de grève, soient « beaucoup plus élevées » que celles des membres de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), qui en ont tenu 9 dans les derniers mois de 2023. 

« On peut résonner en se disant qu’après 22 jours de grève, les gens vont être plus exigeants. Mais ils peuvent aussi être plus épuisés, surtout dans un contexte où il n’y avait pas de fond de grève », ce qui pourrait les rendre plus favorables à approuver l’entente qui leur sera proposée, avance pour sa part Mme Carbonneau. Au final, l’important, c’est que les conditions de travail des enseignants s’en retrouvent bonifiées, résume Réjean Parent. 

Un espoir d’entente pour la FIQ

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) poursuit pour sa part ses négociations avec le gouvernement du Québec depuis la fin de l’année 2023 avec l’aide d’un conciliateur. Pour l’instant, peu de détails ont filtré dans les médias quant à l’état de ces discussions, outre le fait que la question de la flexibilité demandée aux membres du syndicat semble complexifier ce processus. La FIQ sortira toutefois de l’ombre ce lundi en faisant le point sur ses négociations avec Québec. 

« Le fait qu’il y a un conciliateur, ça laisse croire qu’on devrait avoir une entente bientôt », analyse Réjean Parent, qui a « espoir d’entendre de bonnes nouvelles » ce lundi, quant au résultat de ces négociations.

Avec La Presse canadienne

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