un ministre israélien suggère le retour des colons sur la bande de Gaza

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Guerre Israël-Hamas : un ministre israélien suggère le retour des colons sur la bande de Gaza

Le ministre des Finances israélien, Bezalel Smotrich, préconise un retour des colons juifs dans l’enclave palestinienne pour pousser les Gazaouis à émigrer vers d’autres pays.

Le ministre des Finances isaélien, Bezalel Smotrich, estime que les palestiniens doivent être “encouragés” à émigrer vers d’autres pays. Il a déclaré, dimanche 31 décembre dans une interview accordée à la radio militaire, qu’il aimerait voir les colons juifs s’installer de nouveau dans la bande de Gaza. “Pour avoir la sécurité, nous devons contrôler le territoire et pour contrôler militairement le territoire sur le long terme, nous avons besoin d’une présence civile”, a-t-il avancé. L’enclave palestinienne avait été libérée de la présence israélienne en 2005, quand l’État hébreu avait rappelé son armée et ses quelque 8 000 colons. “Nous aiderons à réhabiliter ces réfugiés dans d’autres pays d’une manière appropriée et humaine, avec la coopération de la communauté internationale et des pays arabes autour de nous”, a-t-il ajouté. En mars dernier, le ministre en visite à Paris avait alors nié l’existence d’un peuple palestinien : “Il n’y a pas de Palestiniens car il n’y a pas de peuple palestinien.”

L’armée israélienne a annoncé avoir débusqué et détruit l’une des résidences du chef du bras armé du Hamas, Yehya al-Sinwar, vendredi 29 décembre. La maison était située près de la ville de Gaza, au nord de l’enclave palestinienne. Yehya al-Sinwar ne se trouvait vraisemblablement pas à l’intérieur, il aurait fui vers Khan Younès, au nord de la bande de Gaza, au début du conflit. Tsahal a assuré que l’habitation détruite était reliée à un tunnel de 20 mètres de profondeur et de 218 mètres de long qui était alimenté en électricité et climatisé. Considéré comme le commandant de la branche armée du mouvement terroriste palestinien, avec Mohammed Deif, Al-Sinwar serait aussi l’organisateur du massacre du 7 octobre en Israël.

Alors que les frappes de l’armée israélienne se poursuivent dans l’ensemble de la bande de Gaza, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) a une fois de plus dénoncé les conditions d’acheminement de l’aide humanitaire aux Gazaouis, vendredi 29 décembre. La situation est de plus en plus désastreuse dans l’enclave palestinienne qui compte quelques 2,4 % d’habitants, dont 85 % ont été déplacés à cause des bombardements selon l’ONU. Dans le sud du territoire, “la population traumatisée” et “épuisée” s’entasse sur “une parcelle de terre de plus en plus réduite”, a assuré le chef des opérations humanitaires de l’ONU, Martin Griffiths, sur X, vendredi. “La quantité d’aide acheminée, nécessaire et urgente, continue d’être limitée et rencontre de nombreux obstacles logistiques”, a déploré le commissaire général de l’Unrwa, Philippe Lazzarini.

Les festivités de Noël annulées à Bethléem

Emmanuel Macron s’est entretenu par téléphone avec le cardinal Pierbattista Pizzaballa, le patriarche latin à Jérusalem, dans le cadre des célébrations de Noël. Pendant cet entretien, le président français a fait part de sa “vive préoccupation face à la situation dramatique de la paroisse latine de Gaza”. Ce vendredi 22 décembre, deux chrétiennes, une mère et sa fille, ont été tuées par un soldat israélien, devant l’unique église catholique à Gaza. En Terre Sainte, à Bethléem en Cisjordanie, les festivités de Noël ont été annulées en soutien aux Palestiniens de Gaza, fait surprenant, pour cette municipalité où Jésus serait né, selon la Bible. Une décision lourde de symbole pour dénoncer “le silence du monde”, selon les autorités religieuses de la région. La grotte de la nativité était donc vide, ce dimanche 24 décembre, alors qu’elle est habituellement visitée par de nombreux pèlerins à cette période. Le sapin de Noël traditionnellement installé sur place n’est également pas présent cette année.

De son côté, Tsahal annonce que 152 de ses soldats ont été tués à Gaza depuis le début de la guerre. Samedi 23 décembre, neuf soldats israéliens sont morts dans l’enclave. “Nous n’avons pas le choix que de continuer à nous battre, a déclaré le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou. Selon lui, “la guerre sera longue”.

L’armée israélienne a appelé les habitants du centre de la bande de Gaza à évacuer les lieux en prévention de nouveaux bombardements. Tsahal a demandé aux Gazaouis de se diriger vers Deir Al-Balah, situé entre les villes de Gaza et Rafah, où s’est installé un centre d’aide de l’ONU, après avoir déclaré qu’il allait intensifier ses frappes contre le Hamas. Le porte-parole arabophone de Tsahal, Avichay Adraee, a aussi annoncé qu’un cessez-le-feu était mis en place dans le quartier ouest de Rafah, dans un communiqué publié sur X (anciennement Twitter). Une “suspension tactique, locale et temporaire” prévue “de 10 heures à 14 heures”, dimanche 24  décembre, et qui permettra l’approvisionnement de l’aide humanitaire.

Le Conseil de sécurité de l’ONU devait voter, mardi 19 décembre, un nouveau texte visant à l’amélioration de la situation humanitaire dans l’enclave palestinienne. Le vote a été reporté une nouvelle fois, après de longues et vaines négociations. Un prochain texte a été proposé, vendredi 22 décembre.

Plusieurs raids menés par l’armée israélienne ont suscité de vives réactions et des critiques, toutes portant sur le nombre conséquent de civils parmi les victimes palestiniennes – plus de 19 450 selon le dernier bilan du ministère de la Santé du Hamas. Le chef de la diplomatie européenne a d’ailleurs dénoncé “un affligeant manque de discernement dans les opérations militaires d’Israël à Gaza” ce lundi, rappelant que trois otages ont été tués “par erreur” par Tsahal le 15 décembre. “Cela doit s’arrêter, une pause humanitaire urgente est nécessaire” a ajouté le diplomate.

Les Etats-Unis, alliés historiques d’Israël commencent également à exercer des pressions sur Benyamin Nétanyahou, notamment par rapport à l’arrivée effective insuffisante d’aides humanitaires dans la bande de Gaza. Les pressions ne sont pas seulement politiques, les civils et les familles des otages appellent aussi le Premier ministre israélien à ralentir ou à cesser les opérations militaires, des messages semblant traduire l’indignation après la mort d’otages causée par Tsahal ou par l’attaque de l’hôpital Kamal Adwan au nord de gaza durant le week-end. A cela Benyamin Nétanyahou et l’armée israélienne ont répondu en promettant de se battre “jusqu’au bout” pour la libération des otages et en assurant que le Hamas s’était implanté dans l’établissement médical. Tsahal a également fait part du recadrage opéré auprès de ses soldats après la mort tragique des trois otages.

Israël accusé d’affamer délibérément les Gazaouis

Israël doit aussi répondre à des accusations graves comme celles de l’ONG Human Rights Watch qui écrit dans un rapport publié ce lundi 18 décembre que le gouvernement israélien affame délibérément les Palestiniens dans la bande de Gaza : selon elle, Israël “utilise la famine des civils comme technique de guerre dans la bande de Gaza occupée, ce qui constitue un crime de guerre”. Face à ces accusations, le gouvernement israélien a qualifié l’ONG “d’organisation antisémite et anti-israélienne”.

Dans les autres accusations certaines avancent que l’armée israélienne aurait enterré vivant des Palestiniens dans la cour de l’hôpital Kamal Adwan selon des témoins cités par l’agence de presse palestinienne Wafa. Le ministère palestinien de la Santé en Cisjordanie a demandé une enquête internationale sur ces dernières accusations. En Cisjordanie, ce sont aussi les actions violentes des colons israéliens qui retiennent l’attention. La ministère des Affaires étrangères, Catherine Colonna, qui était en déplacement en Israël le 17 décembre a ainsi dénoncé des “actes graves qui minent la perspective d’une solution politique” et “qui peut-être peuvent pousser à de nouveaux développements et à une déstabilisation de la Cisjordanie, ce qui n’est pas, encore une fois, dans l’intérêt bien compris d’Israël”. 

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Un peu plus de 130 otages toujours retenus par le Hamas

L’armée Israélienne a annoncé, vendredi 15 décembre, que le corps du franco-israélien Elya Toledano avait été retrouvé et ramené en Israël. Le jeune homme de 28 ans participait au festival de musique Tribe of Nova, le 7 octobre, quand il s’est fait enlevé par le Hamas avec son amie Mia Shem libérée le 30 novembre. Quelques 240 personnes auraient été enlevées ce jour là. Trois autres otages ont été tués le vendredi 15 décembre par l’armée israélienne “par erreur”. Il resterait donc 132 personnes retenues en otage par le Hamas.

En une semaine de trêve, 105 otages avaient été libérés par le Hamas en plus d’une vingtaine d’étrangers et de binationaux travaillant en Israël en échange de 240 prisonniers palestiniens. C’est plus que ce que prévoyait l’accord initial avec 50 otages rendus contre 150 prisonniers. 49 femmes, 28 hommes, tous adultes, et 33 mineurs ont été libérés. 138 otages, dont 20 femmes et deux enfants sont encore aux mains du Hamas, selon le cabinet du Premier ministre israélien, mardi 5 décembre. Un nombre rabaissé à 136 après la découverte des corps de deux otages, ceux d’Eden Zakaria et du soldat Ziv Dado, par l’armée israélienne le 12 décembre.

Les dernières libérations sont survenues le jeudi 30 novembre avec la remise en liberté de huit otages dont une Franco-Israélienne, le jeune femme Mia Schem. Avant elle, trois enfants Franco-Israéliens âgés de 12 à 16 ans avaient été libérés par le Hamas : Eitan Yahalomi ainsi que Sahar (16 ans) et son frère Erez Kalderon (12 ans). Ces libérations avaient été saluées par les autorités, mais la Première ministre avait rappelé que “quatre de nos compatriotes sont encore otages” et que “leur libération est notre priorité absolue.”

Avant la fin de la trêve, le Hamas s’était dit prêt à prolonger la durée de la pause humanitaire pour libérer plus d’otages et retrouver davantage de prisonniers palestiniens. Le 29 novembre, un haut responsable du bureau politique du Hamas, Ghazi Hamad, disait au nom du groupe islamiste chercher à élargir les termes de l’accord initial pour que des otages autres que les femmes et les enfants soient relâchés. Un accord qui n’a jamais vu le jour.

Quel est le bilan de la guerre entre Israël et le Hamas ?

Le bilan de la guerre qui se déroule à Gaza est difficile à établir, les chiffres livrés par le Hamas ne pouvant être vérifiés de manière indépendante et donc distingués de la propagande. Selon le dernier bilan du ministère de la Santé du Hamas, 19 453 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza depuis le début du conflit le 7 octobre. Le mouvement palestinien avait également fait état de plus de 50 000 blessés. Questionné sur ce bilan il y a de ça, plusieurs semaines déjà, le porte-parole du Pentagone avait admis que, concernant les victimes civiles à Gaza, “il [fallait] compter en milliers”.

Du côté israélien, le bilan de l’attaque du Hamas a été revu à la baisse, vendredi 10 novembre, passant de 1 400 à 1 200 morts. Selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, après identification des corps, il semblerait que nombre d’entre eux appartenaient à des hommes du Hamas. Mercredi 13 décembre, l’armée israélienne a par ailleurs précisé que 115 soldats sont morts depuis l’attaque du 7 octobre dernier, selon son dernier bilan.

Côté français, 40 personnes ont été tuées en Israël lors des attaques du Hamas le 7 octobre, d’après le dernier bilan communiqué par la Première ministre, Élisabeth Borne, lundi 6 novembre. Alors que huit Français étaient portés disparus depuis le 7 octobre, lundi 27 novembre, trois jeunes franco-israéliens ont été libérés par le Hamas. Une quatrième otage, la jeune Mia Scham a été libérée le 30 novembre.

Manque d’eau, famine… La situation humanitaire à Gaza

Les conditions dans lesquelles vivent les Gazaouis s’empirent à chaque nouveau jour de guerre. L’aide humanitaire acheminée dans l’enclave est insuffisante depuis le début du conflit, même pendant la semaine de trêve la quantité d’aide ne suffisait pas à répondre à tous les besoins en nourriture, en eau, en soins ou en carburant. Depuis la reprise des combats le 1er décembre, l’entrée de l’aide humanitaire est redevenue plus difficile.

Ce manque de vivres fait planer un important risque de famine au-dessus de la bande de Gaza. Et à cela s’ajoute un fort risque d”épidémie explosive des maladies infectieuses” d’après l’OMS qui dénombre des centaines de milliers de cas d’infections respiratoires aigues et des milliers de cas de gale, de jaunisse ou encore de varicelle. La propagation des maladies infectieuses s’est même “intensifiée” selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU. La faute à l’exode forcé des Gazaouis qui ont dû se réfugier dans le sud et où la forte densité de population “accroit la pression sur un système de santé à l’agonie”. La situation humanitaire est telle que les enfants de la bande de Gaza “risquent aussi bien de mourir sous les bombes que d’une maladie diarrhéique ou de faim, ou encore parce qu’ils dorment dans la rue sous la pluie” soulignait Gloria Doñate, la directrice du programme développement et qualité dans les territoires palestiniens occupés pour l’ONG Save the Children, au micro de franceinfo le 8 décembre.

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