une expérience immersive inoubliable !

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Crédits photo : Bestimage / Pierre Terrasson

« Je ne sais pas ce que c’est : un sitting-room, une salle de musique, un bordel, un musée » disait-il. C’est un peu tout ça, et rien à la fois. Car découvrir la Maison Gainsbourg, c’est pénétrer dans un univers unique. On a beau avoir vu des tas de photos dans la presse ou des documentaires, rien ne vaut la visite unique de ce lieu mémorable, enfin ouvert après 30 ans d’attente et de délai. Et le public a répondu présent en masse puisque les billets pour les visites se sont arrachés en quelques heures. C’est en petit comité (par groupe de deux ou trois) que les plus curieux peuvent pénétrer dans ce lieu mythique, objet des fantasmes les plus fous duquel sont sortis quelques-uns des chefs d’oeuvre de la chanson française. Casque sur les oreilles, c’est la voix de Charlotte Gainsbourg qui nous guide au cours de cette demi-heure, millimétrée et surtout immersive. C’est le mot le plus évident qui nous vient tout au long de la visite. Toute la mise en scène est axée pour nous faire imaginer la présence de Serge et la vie d’une maison inhabitée depuis mars 1991. Bruit de clé, porte qui claque, plancher grinçant, pluie qui balaie les vitres, gouttes d’eau dans le lavabo, notes de piano… On se prendrait à croire que tout est vrai !

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Un lieu mythique mais… étroit !

C’est dans l’entrée que débute la visite derrière une porte ironiquement ornée d’un “No Smoking”, donnant sur l’immense salon. Au premier coup d’oeil, c’est la prolifération d’objets qui impressionne : affiches de films (“Lolita”) ou de ses concerts, disque d’or (ceux de “Pull Marine” d’Isabelle Adjani et “Charlotte For Ever”), statue, téléphone « très moderne pour l’époque » dixit Charlotte, Unes de journaux encadrées… On a comme l’impression de pénétrer dans un cabinet de curiosité qui est resté intact depuis tout ce temps. Le plus marquant est sans aucun doute la trace de son corps encore présente sur le canapé. Après avoir longé le couloir extérieur, le spectateur se retrouve de l’autre côté du salon, celui des intimes, comme se plaît à le rappeler une Charlotte Gainsbourg nostalgique. Sur une table en verre sont alignés de nombreux badges de police généreusement donnés par des officiers, tandis qu’au milieu trône un piano Steinway, surmonté d’une araignée fossilisée. Sur le bar, un paquet de gitanes et son fameux Zippo sont toujours là, comme si Serge Gainsbourg allait apparaître pour s’en griller une à un moment ou à un autre.

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L’immensité de la pièce tranche avec l’étroitesse de la cuisine, elle aussi restée bloquée dans les années 80 : au coup d’oeil, on aperçoit tour à tout un vieux téléviseur (avec décodeur Canal+), un frigo transparent où traîne une canette de bière, une grande assiette vide, une boîte d’oeufs, les condiments laissés tels quels sur une étagère. L’impression de présence s’accompagne de celle de sentir les odeurs de cette cuisine. D’autant plus quand, comme dans chaque pièce, Charlotte Gainsbourg y évoque ses anecdotes personnelles comme la fourchette fétiche de son père ou une chambre d’enfant située derrière la cuisine, vendue depuis à une autre propriétaire. Dans les couloirs qui mènent au premier étage, des photos encadrées ornent les murs de Charlotte Gainsbourg, de Serge avec sa marionnette des Guignols dont il était très fier ainsi que beaucoup de clichés de Marilyn Monroe. Etonnamment, on y voit peu Jane Birkin (mis à part l’affiche géante du film “Je t’aime moi non plus”), Bambou ou Brigitte Bardot, ses anciennes compagnes.

Crédits photo : Pierre Terrasson

Les anecdotes touchantes de Charlotte

Dans ce premier étage lui aussi assez étroit et sombre (les murs sont noirs, les volets fermés), le visiteur est confronté à un pan d’histoire, à la fois musicale et privée. On y voir tour à tour le dressing du musicien, avec très peu de chemises, vestes et ses fameuses Repetto blanches (« sans chaussettes ! » précise Charlotte), la chambre des poupées, son bureau rempli de livres, la salle de bain orné d’un lustre très bas (elle y raconte ses bains avec Jane et Kate) ainsi que la chambre de Serge Gainsbourg, où Charlotte raconte avoir passé des nuits avec son père à regarder des films sur un écran tiré dans la pièce. C’est également là où elle a retrouvé son corps inepte le 2 mars 1991. Au sol, un bout de tapis manquant prouve l’âge du lieu. Dans cette pièce intime se termine cette visite unique en son genre.

« Au revoir, à bientôt » susurre Charlotte Gainsbourg dans l’audioguide, où s”échappent des paroles de Serge et Jane Birkin qui nous raccompagnent vers la sortie. En 30 minutes, la Maison Gainsbourg nous fait voyager dans un univers unique en son genre, une sorte de laboratoire expérimental d’un artiste insaisissable et épris de liberté , jusque dans l’aménagement de cet hôtel particulier, l’un des plus mythiques de Paris. Une visite en tous points indispensable, à la fois immersive de par cet audioguide et une capsule d’une époque révolue, nous donnant comme l’impression d’avoir erré dans le temps pendant une demi-heure.

La mise en scène de sa présence

Le Musée, situé au 14 rue de Verneuil de l’autre côté de la rue, se veut une rétrospective de la carrière de Serge Gainsbourg prenant la forme d’un long couloir. A droite, huit écrans reviennent sur les différentes époques de la vie du chanteur, à travers de nombreuses archives vidéos. A gauche, la prolifération déjà à l’oeuvre dans la Maison continue ici : vinyles, Unes de journaux, ses quelques tableaux, des scénarios, des affiches de concerts avec accroches humoristiques (« Achetez [la place] 140 francs, revendez-là 500 », « Gainsbourg, au Zénith qu’il y reste ! ») et surtout de nombreuses feuilles manuscrites entre paroles de chansons, notes diverses, pensées et même additions de restaurants. Il faut y revenir plusieurs fois pour faire le tour de cette riche collection, qui se termine sur la fameuse sculpture de l’homme à tête de chou. Au sous-sol, une exposition temporaire présente toutes les pochettes 45 tours du monde entier du tube “Je t’aime moi non plus”, qu’il partageait avec Jane Birkin. Une affiche indique d’ailleurs que le titre a été numéro un dans plusieurs pays sans diffusion radio, certains l’ayant boycotté pour son côté trop sulfureux !

La visite se finit avec le Gainsbarre, le bar sombre où trônent quelques affiches de concerts, mis en musique par une pianiste, ainsi qu’une boutique aux tarifs quelque peu élevés (3,5 euros la carte postale, 20 euros le tote bag, et même 330 euros pour une paire de Repetto blanches). La fin d’un parcours absolument sensationnel et magique dans la carrière d’un des plus célèbres artistes français. Autant le dire tout de suite, une visite ne suffit pas pour faire le tour de la Maison et du Musée, fourmillant de détails, et dont la mise en scène est faite pour générer une présence plutôt qu’une absence du chanteur. Préférez d’ailleurs une visite nocturne (jusqu’à 21 heures pour les derniers horaires) pour vous plonger dans un tour plus intime.

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