Une facture de 5,7 milliards au fédéral pour financer le captage d’utilisation et de stockage du carbone


Ce texte est tiré du Courrier de la planète. Pour vous abonner, cliquez ici.

5,7 milliards de dollars : ce chiffre représente le coût, sur six ans, du crédit d’impôt à l’investissement (CII) pour le capital investi dans des projets de captage, d’utilisation et de stockage du carbone au Canada (CUSC).

Le calcul pour la période 2022-2028, qui vient d’être publié par le Directeur parlementaire du budget, nous donne ainsi une idée de la facture du CII pour le gouvernement fédéral, qui avait initialement inscrit cette mesure chère à l’industrie des énergies fossiles dans son budget de 2021.

Dans le budget de 2023, le gouvernement a élargi l’admissibilité à ce crédit d’impôt, si bien que les calculs ont été revus en tenant compte de ces modifications. Et les résultats montrent que la facture annuelle passera de 110 millions de dollars en 2023-2024 à plus de 2,1 milliards de dollars en 2027-2028.

Porte-parole de la campagne Climat-énergie à Greenpeace Canada, Patrick Bonin estime d’ailleurs qu’il s’agit d’abord d’un « gros cadeau à l’industrie pétrolière et gazière ».

À l’autre bout du spectre, Alliance Nouvelles voies, qui regroupe les entreprises qui exploitent le pétrole des sables bitumineux, prétend que les investissements dans la capture et le stockage des émissions de gaz à effet de serre représentent la voie à suivre pour permettre à l’industrie la plus polluante au Canada d’atteindre la « carboneutralité » d’ici 2050.

Dans son plan climatique, le gouvernement Trudeau affirme que l’atteinte de l’objectif de carboneutralité nécessiterait le déploiement de cette technologie, qui consiste principalement à capter les émissions de CO2 pour les enfouir dans le sol. Ottawa se défend d’ailleurs de vouloir subventionner l’industrie des énergies fossiles.

Au total, ce sont 12,5 milliards de dollars d’ici 2035 qu’entend consacrer Ottawa pour tenter de développer ces technologies. Ces montants sont cohérents avec la promesse libérale d’investir un milliard et demi par an dans ce type de projet à partir de 2026-2027.

Fausse solution ?

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) souligne dans son plus récent rapport que le potentiel du CUSC pour les prochaines années demeure faible, pour un coût très élevé, par rapport au développement de l’énergie éolienne ou solaire.

Dans un rapport publié en novembre dernier, l’Agence internationale de l’énergie conclut que les sociétés pétrolières et gazières doivent commencer à « abandonner l’illusion » selon laquelle des quantités « invraisemblables » de capture de carbone sont la solution à la crise climatique mondiale.

Le rapport indique que limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5 °C nécessiterait que 32 milliards de tonnes d’émissions soient séquestrées par le captage du carbone d’ici 2050.

« La quantité d’électricité nécessaire pour alimenter ces technologies serait supérieure à la demande mondiale d’électricité actuelle », indique le document, qui ajoute que cette quantité de carbone capturé nécessiterait une augmentation des dépenses mondiales consacrées à la technologie, qui passeraient de 4 milliards l’année dernière à 3500 milliards d’ici 2050.

À voir en vidéo

You May Also Like

More From Author