Une frappe israélienne à Gaza tue sept membres d’une ONG humanitaire

L’armée israélienne a reconnu mercredi une « grave erreur » après la frappe qui a tué sept collaborateurs de l’ONG humanitaire World Central Kitchen dans la bande de Gaza, un drame qui suscite la consternation internationale.

C’est « une grave erreur » qui « n’aurait pas dû se produire », a déclaré le chef de l’état-major israélien Herzi Halevi dans un message vidéo, évoquant « une mauvaise identification » dans des « conditions très complexes » .

Mardi, le président d’Israël Isaac Herzog avait présenté ses « excuses sincères » et fait part de sa « profonde tristesse » pour cette frappe, que le premier ministre Benjamin Nétanyahou a qualifiée de « non intentionnelle » et de « tragique ».

Basée aux États-Unis, l’ONG World Central Kitchen, l’une des rares qui opérait encore dans le territoire palestinien dévasté par près de six mois de guerre entre Israël et le Hamas palestinien, a annoncé « suspendre ses opérations dans la région » après la frappe survenue lundi à Deir al-Balah (centre).

Plusieurs pays et organisations, dont l’ONU qui a dénoncé un « mépris du droit humanitaire international », ont condamné cette frappe, la plus mortelle à avoir touché du personnel humanitaire international depuis le début de la guerre.

Le président américain Joe Biden s’est dit mardi « indigné » et « le coeur brisé », estimant qu’Israël ne protège « pas assez » les volontaires venant en aide à la population palestinienne « affamée ».

« C’est inadmissible. Mais c’est le résultat inévitable de la façon dont la guerre est menée », a relevé le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, répétant son appel à un cessez-le-feu immédiat, à la libération des otages et à l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza.

La mort des sept membres de World Central Kitchen porte le nombre total des travailleurs humanitaires tués lors de ce conflit à 196, « dont plus de 175 de l’ONU », a-t-il rappelé.

Indignation internationale

WCK s’est dit « dévastée » par la mort des membres de son équipe, des « héros » dont elle a publié dans la nuit sur X les noms, les photos et les nationalités : Saifeddine Issam Ayad Aboutaha, 25 ans, palestinien ; Lalzawmi (Zomi) Frankcom, 43 ans, australienne ; Damian Sobol, 35 ans, polonais ; Jacob Flickinger, 33 ans, americano-canadien, ainsi que John Chapman, 57 ans, James (Jim) Henderson, 33 ans et James Kirby, 47 ans, britanniques.

« J’ai le coeur brisé et je suis consternée que nous, World Central Kitchen et le monde, ayons perdu de belles vies aujourd’hui à cause d’une attaque ciblée des forces israéliennes », a déclaré la présidente de WCK, Erin Gore.

Depuis le début de la guerre, WCK a participé aux opérations humanitaires en fournissant des repas dans le territoire palestinien, où la majorité des quelque 2,4 millions d’habitants sont menacés de famine, selon l’ONU. Elle a aidé à l’envoi d’un premier bateau d’aide depuis Chypre via un couloir maritime vers Gaza à la mi-mars.

Alliés historiques d’Israël, les États-Unis ont réclamé une enquête « rapide et impartiale », la Maison-Blanche se disant « indignée » par ces morts. Le Royaume-Uni a convoqué mardi l’ambassadeur d’Israël pour exprimer sa « condamnation sans équivoque ».

Le premier ministre australien Anthony Albanese a pour sa part indiqué mercredi avoir fait part à M. Nétanyahou de la « colère » du peuple australien « face à cette tragédie ».

Les victimes de WCK avaient été amenées à l’hôpital de Deir al-Balah. Un correspondant de l’AFP y a vu cinq corps et trois passeports étrangers près des dépouilles.

Sur une image de l’AFP, on peut voir le corps d’une des victimes portant un T-shirt noir avec le logo de l’ONG. D’autres montrent la carcasse détruite du véhicule touché, un trou béant sur le toit, juste sur le logo de la WCK.

Près de 33 000 morts

Depuis le début de la guerre, plusieurs ONG présentes à Gaza ont affirmé que leurs employés ou sites avaient été touchés par des frappes israéliennes.

En raison de la difficulté de faire entrer de l’aide humanitaire par voie terrestre dans le territoire sous blocus israélien, un premier bateau d’aide humanitaire a rallié Gaza depuis Chypre mi-mars.

Le 7 octobre, des commandos du Hamas infiltrés depuis Gaza ont mené une attaque dans le sud d’Israël. Cette offensive a entraîné la mort d’au moins 1160 personnes, essentiellement des civils, selon un décompte de l’AFP fait à partir de données officielles. D’après Israël, environ 250 personnes ont été enlevées et 130 d’entre elles sont toujours tenues en otages, dont 34 sont mortes, à Gaza.

Jurant de détruire le Hamas, Israël a lancé une campagne de bombardements aériens intenses sur Gaza, suivie d’un assaut terrestre qui a permis à ses soldats de progresser du nord au sud de la petite bande de terre.

Au moins 32 916 personnes, la plupart des civils, ont été tuées dans les opérations israéliennes, ponctuées par des bombardements incessants, a indiqué le ministère de la Santé du Hamas.

Nétanyahou : un « traître »

Lundi, après 18 jours d’opérations, les troupes israéliennes se sont retirées du complexe hospitalier al-Chifa à Gaza laissant derrière eux d’immenses destructions et des cadavres.

L’armée a indiqué y avoir tué plus de 200 terroristes et arrêté plus de 900 personnes et a accusé le Hamas, considéré comme un groupe terroriste par les États-Unis et l’Union européenne, d’avoir utilisé l’hôpital comme un « centre de commandement ».

La Défense civile de Gaza, dirigée par le Hamas, a fait état de 300 morts à l’intérieur et autour de l’hôpital dans les opérations israéliennes.

« La condamnation et la dénonciation ne suffisent pas face aux crimes qui se poursuivent dans la bande de Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem », a déclaré mardi le nouveau premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammed Mustafa.

À Jérusalem, pour le quatrième soir consécutif, des familles d’otages retenus à Gaza et des opposants au gouvernement de M. Nétanyahou se sont rassemblés mardi devant le Parlement pour crier leur colère envers la politique du premier ministre.

« Vous menez une campagne contre moi, contre les familles d’otages, vous vous êtes retournés contre nous. Vous nous appelez “traîtres” quand VOUS êtes le traître, un traître à votre peuple, à vos électeurs, à l’État d’Israël », a crié au micro Einav Zangauker, dont le fils est retenu en otage à Gaza.

Parallèlement, à New York, les Palestiniens, observateurs à l’ONU depuis 2012, ont officiellement relancé mardi la procédure pour devenir État membre à part entière de l’organisation, une démarche initiée en 2011 mais restée lettre morte en raison de l’opposition des États-Unis.

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