Une marionnette noire dans un spectacle de Franck Sylvestre au coeur d’une action en justice

L’artiste Franck Sylvestre intente une poursuite pour atteinte à sa réputation : il considère comme diffamatoires les propos tenus au sujet de sa personne et de son spectacle L’incroyable secret de Barbe noire qui incluait une marionnette noire, que ses détracteurs ont assimilée au « blackface ».

Cette affaire judiciaire se penchera sur les concepts de liberté d’expression et de la protection de la réputation.

M. Sylvestre poursuit ainsi Alain Babineau, l’un des porte-parole de l’organisme Coalition rouge, qui indique avoir pour mission d’éliminer la pratique du profilage racial et du racisme systémique au Canada. Il reproche à M. Babineau d’avoir porté atteinte à sa réputation.

Franck Sylvestre, un artiste multidisciplinaire québécois d’origine martiniquaise, a créé un spectacle de marionnettes pour enfants, L’incroyable secret de Barbe noire, présenté sur scène depuis quelques années. 

La marionnette noire qui a déclenché toute cette affaire personnifie « un sorcier martiniquais », et est censée être une caricature de l’artiste, dit ce dernier.

Ce spectacle avait été sélectionné par le Conseil des arts de Montréal afin d’être présenté dans la région de Montréal en 2023. L’artiste avait conclu des contrats avec les villes de Pointe-Claire et de Beaconsfield. 

Or, une citoyenne se plaint avant sa présentation et demande que le spectacle soit annulé : l’affaire est alors médiatisée.

Le 24 février 2023, deux organisations militantes, la West Island Black Community Association et la Coalition Rouge, organisent une conférence de presse durant laquelle elles blâment la Ville de Pointe-Claire d’avoir permis la présentation du spectacle et demandent son annulation, est-il allégué dans la procédure judiciaire qui devait être déposée au palais de justice de Montréal mercredi.

« Lors de cette conférence de presse, le défendeur [Alain Babineau] tient des propos agressifs, vindicatifs, émotifs, virulents, vexatoires et diffamatoires à l’endroit du demandeur, notamment en l’associant à une « racist doll », aux noirs qui appuient les idées des suprémacistes blancs, au racisme systémique et surtout à la déshumanisation des noirs, en prétendant qu’il ne fait que contribuer à cette déshumanisation et qu’il participe à la pratique du “blackface” », est-il allégué, enregistrements audio à l’appui.

Le même jour, M. Babineau aurait publié sur son compte Twitter quatre gazouillis dans lesquels il allègue que le demandeur fait partie des « vendus qui ne pensent qu’à leur petit bonheur pour ne pas déplaire à leur maître », affirme que son spectacle est « la larme de la discrimination systémique » et ajoute sarcastiquement qu’il est « un bon noir » en sous-entendant ainsi qu’il est au service des blancs, peut-on lire dans la procédure.

Puis, la ville de Beaconsfield annule la présentation du spectacle, tout comme le Festival de littérature jeunesse de Montréal, affirme M. Sylvestre.

Il reproche à M. Babineau d’avoir tenu des propos diffamatoires dans l’intention de lui nuire. Il n’a pas vu le spectacle, soutient-il, et ne sait même pas ce que la marionnette représente — malgré cela, il l’associe au « blackface », déplore-t-il.

« Il a déraisonnablement associé le demandeur et sa marionnette à du racisme, de la soumission des noirs aux blancs et même au suprémacisme blanc ainsi qu’à la déshumanisation des noirs, s’attaquant ainsi à la réputation du demandeur et cherchant à l’exposer à la haine et au mépris du public en général et des membres de la communauté noire en particulier. »

En septembre dernier, M. Babineau a été mis en demeure de publier un communiqué de rétractation et de cesser tout propos portant atteinte à M. Sylvestre. Il a refusé, est-il allégué.

M. Sylvestre réclame quelque 26 000 $ en dommages puisque sa vie professionnelle a été « sérieusement affectée. » Il demande notamment une condamnation en dommages punitifs pour ce qu’il appelle une « campagne de dénigrement de mauvaise foi » menée par M. Babineau « pour des motifs strictement idéologiques. »

« Par ce recours, je dépose mon fardeau au pied de la justice. Et en confiance, je lui demande de se prononcer pour que mes droits fondamentaux soient respectés. Que je puisse retourner au travail avec sérénité et une liberté intellectuelle protégée », affirme M. Sylvestre. Il est soutenu dans cette poursuite par les organismes Droits collectifs Québec (DCQ) et l’Association des Québécois unis contre le racialisme (AQUR).

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