Une otage exhibée comme un trophée

Prise en otage le 7 octobre par le Hamas, Yarden Roman-Gat a passé 54 jours en captivité, avant d’être relâchée par ses geôliers pendant la trêve de sept jours. Sa cousine, Maya Roman, a raconté au Devoir le récit rocambolesque de sa capture, ce que la femme de 35 ans a vécu à Gaza et comment celle-ci vit son retour en Israël.

La veille de l’attaque du Hamas, Yarden, son mari Alon et leur fille de trois ans Geffen, étaient rentrés d’un voyage en Afrique du Sud. Le 7 octobre, la famille se trouvait dans le kibboutz Be’eri, à 3 km de la frontière de Gaza, pour visiter la famille d’Alon. « Ils ont vécu dans ce kibboutz pendant quatre ans, indique Maya. Mais ils venaient de déménager, parce qu’ils croyaient que ce n’était pas un environnement propice pour élever leur fille avec le bruit constant des alarmes de missiles. »

Lorsque des terroristes ont fait irruption dans la maison où ils se trouvaient, plusieurs membres de la famille d’Alon ont été capturés. Yarden, Alon et Geffen ont été placés dans une voiture avec trois militants du Hamas. « À environ 500 mètres de la frontière de Gaza, ils ont croisé un tank israélien », raconte Maya. Les terroristes sont alors sortis de la voiture pour se cacher. Et le couple a saisi l’occasion pour prendre la fuite.

Mais rapidement, les militants du Hamas les ont aperçus. « Ils ont commencé à leur tirer dessus et à les pourchasser. » Yarden, qui avait Geffen dans ses bras, a alors remis sa fille à son mari, puisqu’il courait plus vite. L’homme a réussi à semer leurs assaillants et à se cacher dans une cavité pendant huit heures sans que sa fille fasse de bruit. « Ils ont ensuite marché toute la nuit pour retourner au kibboutz. »

Un trophée

 

Yarden, elle, a été rattrapée par les terroristes, puis emmenée à Gaza. « Elle a été présentée devant des centaines de gens comme un trophée. Elle ne savait pas s’ils allaient la lyncher ou la violer… elle était tout simplement terrifiée », raconte Maya avec effroi.

La femme a ensuite été emmenée dans une cache, située au-dessus du sol et non dans un tunnel. « Elle a été gardée seule, sans aucun autre otage. Elle nous a dit qu’elle avait perdu le sens de soi, de son individualité, du fait d’être constamment surveillée. »

Elle a été présentée devant des centaines de gens comme un trophée. Elle ne savait pas s’ils allaient la lyncher ou la violer… elle était tout simplement terrifiée.

Pour rajouter à l’angoisse, Yarden ne savait pas si son mari et sa fille de 3 ans avaient eux aussi été pris en otage. La réponse lui est venue par la radio, environ trois semaines après le début de sa captivité. « Elle a entendu un membre de notre famille lui dédier une chanson à elle ainsi qu’à Carmel, sa belle-soeur [également prise en otage] et c’est comme ça qu’elle a compris qu’Alon et Geffen allaient probablement bien, vu qu’ils n’étaient pas nommés. »

Tout au long de sa captivité, Yarden était constamment habitée par la crainte de se faire violer. À son arrivée à Gaza, elle s’est fait remettre un hidjab. « À un moment, ses ravisseurs lui ont dit qu’elle n’était pas obligée de le porter tout le temps. Mais elle pensait que ça pouvait la protéger [donc elle l’a gardé]. » Selon Maya, la jeune femme n’a pas subi de violence physique ou sexuelle pendant son séjour à Gaza.

Pression

 

Durant tout ce temps, Maya, qui détient la double nationalité israélienne et allemande comme sa cousine, a cessé de travailler comme elle le faisait, dans un journal féministe d’Israël, pour se consacrer entièrement à maintenir la pression, notamment à l’international, pour que les otages soient libérés. Une croisade qui l’a notamment menée en Allemagne et aux États-Unis pour rencontrer des décideurs.

La semaine où les otages ont été libérés a été l’une des plus difficiles, se souvient-elle. « Chaque soir, les familles attendaient un appel pour savoir si leurs proches étaient sur la liste. » Les espoirs de la famille de Yarden se sont finalement concrétisés au 6e jour de la trêve, alors que la jeune mère, qui a vécu son 36e anniversaire en captivité, a été libérée.

Comme ses compagnons d’infortune, Yarden a transité par l’Égypte avant de rentrer en Israël. « Sa vie est maintenant très différente, pointe Maya. Tout le monde ici en Israël parle des otages. » Sa cousine va relativement bien, rapporte-t-elle, même si elle est devenue, bien malgré elle, une figure publique. « Elle comprend que ce qui lui est arrivé va l’affecter pour le reste de sa vie. »

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