Une pente abrupte à remonter pour Trudeau

Énorme. C’est le mot qu’utilisent les politologues consultés par Le Devoir pour qualifier la pente que devra remonter le premier ministre Justin Trudeau en 2024 s’il souhaite obtenir un quatrième mandat à la tête du pays.

Après un été marqué par des sondages difficiles, l’automne s’est révélé désastreux pour les libéraux — leurs intentions de vote ayant atteint leur niveau le plus bas en deux ans. À la fin décembre, un écart de plus de dix points avec le Parti conservateur de Pierre Poilievre laissait entrevoir un important bras de fer politique pour la nouvelle année.

Ce n’est pas la première tempête que Justin Trudeau brave depuis son arrivée au pouvoir : l’affaire SNC-Lavalin, le scandale de l’organisme UNIS, la pandémie de COVID-19… Mais les chiffres de fin d’année 2023 sont « sans précédent » dans l’ère Trudeau, note Philippe J. Fournier, créateur des agrégateurs de sondages Qc125 et 338Canada.

Satisfaction envers le gouvernement, appréciation du premier ministre, intentions de vote… Contrairement aux contrecoups des controverses passées, « tous les indicateurs sont tombés en même temps cette année », souligne-t-il en entrevue au Devoir.

À plus d’un an et demi avant les élections, prévues en 2025, tout n’est pas encore joué. Mais pour remonter la pente, Justin Trudeau devra absolument cibler un enjeu central sur lequel concentrer ses efforts, avance le politologue Jean-François Daoust.

« Il faut qu’il trouve un enjeu qui soit important pour les Canadiens et pour lequel il performe bien. Actuellement, il n’y en a aucun », lâche-t-il. Le professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke estime que les performances des libéraux sur le coût de la vie, le logement et l’économie sont « une catastrophe ».

« L’environnement en serait un, mais c’est difficile [de l’imaginer s’imposer] dans un contexte où le coût de la vie augmente substantiellement », poursuit-il.

Des pentes à remonter en 2024

Le premier ministre devra aussi commencer à s’attaquer plus efficacement au chef conservateur, croit la professeure de science politique de l’Université d’Ottawa Geneviève Tellier. « C’est la première fois où les libéraux sont confrontés à une véritable opposition dans l’opinion publique », observe-t-elle.

Cette dernière soutient que les libéraux auraient même avantage à s’inspirer de la méthode de communication « émotionnelle » de M. Poilievre.

« C’est là où il [Pierre Poilievre] réussit à marquer des points. Quand il parle des jeunes qui vivent dans le sous-sol de leurs parents, ça frappe plus que quand Justin Trudeau dit que [régler la crise du logement] va prendre plusieurs années », illustre Mme Tellier.

M. Trudeau a souvent appelé à la patience, martelant que « ça prend du temps pour bâtir de nouvelles unités ».

Une lueur d’accalmie

Une petite lueur d’espoir a tout de même émergé en fin d’année pour Justin Trudeau. Un sondage Abacus du mois de décembre montrait une perte de 5 points pour les conservateurs, laissant présager un plafonnement dans leur ascension.

« Je crois que ça trace la ligne de départ pour 2024. Les libéraux tirent de l’arrière, mais ils ne sont pas en train de se faire complètement écraser comme on l’avait vu au cours des derniers mois », note l’analyste des sondages politiques Philippe J. Fournier.

Une accalmie économique en 2024 pourrait également jouer en faveur du chef libéral. La plupart des économistes prévoient que l’inflation reviendra à 2 % d’ici 2025. Les taux de la banque centrale devraient aussi commencer à baisser.

« Ça pourrait être la façon que les astres [s’alignent] pour les libéraux. Espérer que le contexte économique s’améliore, convaincre les Canadiens que c’est grâce à l’action du gouvernement et convaincre les électeurs qu’ils [les libéraux] sont les meilleurs pour continuer à gérer l’économie », conclut le politologue Jean-François Daoust.

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